Colonisation en moisissures des instruments à anche.
Conséquences cliniques et immunologiques pour les musiciens

F. Letzger Médecine des Arts, 2007, n°61, p.14-24. Bibliographie

Plusieurs musiciens pratiquant un instrument à vent à anche ont développé une pneumopathie environnementale de type PHS (pneumopathie respiratoire environnementale de mécanisme immuno- allergique) ou PINS (pneumopathie interstitielle diffuse) pouvant être causées par l’inhalation répétée de micro-organismes fongiques isolés au niveau de l’instrument de musique. Pour en savoir plus, une étude épidémiologique descriptive sur la colonisation en micro-organismes fongiques des instruments a été menée sur 40 musiciens jouant au moins une heure par semaine d’un instrument à anche : saxophone, clarinette, hautbois et basson. L’anche est conservée soit dans l’étui unitaire en plastique dans laquelle elle est vendue, soit dans un étui porte-anches aéré en bois, soit directement dans le bec de l’instrument en position d’utilisation. L’étude montre que 38 instruments sur 40 sont colonisés par une ou plusieurs espèces de moisissures, que l’anche est colonisée par une ou plusieurs moisissures dans 67,5% des instruments et plus précisément dans 100% des hautbois, 86% des bassons, 46% des clarinettes et 67% des saxophones. Cette colonisation est spécifique avec une flore peu polymorphe et de nature différente de celle colonisant l’environnement intérieur des logements. Il n’y a pas de différence significative entre la sensibilisation immunologique des musiciens et celle d’une population témoin vis-à-vis des six moisissures testées. Le développement de ces micro-organismes dont l’habitat naturel est végétal ou tellurique pourrait être favorisé par la présence de l’anche, élément végétal de l’instrument ou par certaines habitudes de pratique augmentant l’humidité dans l’instrument ou sélectionnant certaines moisissures résistantes. Il faut en conclure que les musiciens pratiquant un instrument à vent à anche sont exposés de façon chronique et essentiellement par voie inhalée, aux moisissures. Il est dès lors raisonnable de considérer que les musiciens constituent une population à risque de développer de telles pneumopathies, mais aussi des pathologies allergiques (toux, dyspnée sifflante voire asthme), infections. Il est souhaitable de recommander aux musiciens de désinfecter et de sécher régulièrement l’anche de leur instrument afin d’y limiter le développement des moisissures.

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(publié le 15 juin 2009)