Douleur et pratique de la harpe en Europe occidentale

R. Martin Médecine des Arts, n°74, pp.10-16.
Une enquête épidémiologique a été menée de mai à décembre 2010 auprès des harpistes en Europe par un questionnaire anonyme diffusé largement auprès de ces musiciens. Seules 93 réponses étaient utilisables.
La population des harpistes est essentiellement féminine (95%°). 74% des répondants, qu’ils soient amateurs ou professionnels, sont confrontés à des douleurs, qu’il jouent de la harpe classique ou celtique.
L’apparition de la douleur est liée à la durée de la pratique quotidienne ou hebdomadaire : en effet elle concerne 62% de ceux qui pratiquent peu, 78% de ceux qui pratiquent au moins une heure par jour et 82% de ceux qui pratiquent plus d’une heure par jour. Les harpistes de taille moyenne (entre 1,57 m et 1,68 m) sont plus nombreux à signaler des douleurs liées à la pratique de la harpe. La douleur apparaît pour 46% des répondants, au cours du jeu et touche le haut du dos, les bras, et la nuque pour les harpistes classiques.
La cause principale de ces douleurs serait-elle l’assise ? La taille de l’assise étant une chaise standard, la solution ne serait-elle pas un équilibre entre la taille du musicien et la taille de son instrument ?
Une des causes serait-elle le cordage ? La qualité du cordage pourrait exiger du musicien des efforts musculaires variables selon les différences de calibre et de tension ; mais que les harpistes utilisent cordes en nylon, cordes en carbone, ou boyau light, tous rapportent des douleurs. _ Pour prévenir les douleurs, 49% des harpistes demandent des conseils auprès de leur professeur, de leur entourage mais aussi de kinésithérapeutes ou de médecins. Les solutions recherchées sont souvent personnelles (respiration, détente, auto-massage), ce qui veut dire que les harpistes n’ont pas appris pendant leur apprentissage auprès de quels professionnels se tourner pour avoir de l’aide. En effet, 6% des harpistes seulement changent de posture pour remédier à leur douleur et ce changement n’a pas été proposé par le professeur. Une information systématique des professeurs et leur formation seraient probablement bénéfiques.
Les moyens de prévention existent : techniques psycho-corporelles permettant de développer le ressenti corporel à l’instrument et d’affiner la proprioception ; placement corporel physiologique, ergonomie de l’environnement instrumental (sièges réglables en hauteur, clés adaptées à la physiologie de la main).
Il reste aux harpistes à se tourner vers des spécialistes (ils existent) pour mettre en place une utilisation plus physiologique de leur corps, mais 45% des harpistes qui souffrent n’en parlent pas. "Apprendre dans la douleur, serait-il si profondément ancré dans les mœurs des musiciens ?"
(publié le 29 août 2013)