Etude de l’audition des musiciens de rock and roll

J. Rollo Fernandes Maia Médecine des Arts, 2008, n°64-65, p.60-65. Bibliographie.
Les musiciens de rock and roll sont exposés dans leur pratique quotidienne à de hauts niveaux sonores : 100 à 115 dB(A) dans les concerts, avec des pics allant jusqu’à 150 dB (A). Peu sensibilisés aux dommages qui peuvent découler de cette exposition, ils n’utilisent pas d’équipement de protection individuelle.
Afin de connaître l’état auditif de ces musiciens, une enquête descriptive transversale a été conduite auprès de 23 musiciens (19 hommes et 4 femmes) âgés de 21 à 38 ans (mais dont 57% étaient situés dans la tranche de 21 à 26 ans). Ils ont été interrogés par questionnaire et évalués au moyen d’une audiométrie tonale, de la mesure de l’immitance acoustique et des otoémissions acoustiques provoquées par des sons transitoires et par produits de distorsion.
Les principales plaintes auditives rapportés par les musiciens étaient l’intolérance pour des sons de forte intensité (48%), suivie par les acouphènes (39%) et la sensation d’oreille bouchée (22%).
Bien que 100% des oreilles testées présentent des seuils auditifs dans les limites normales, une forte prévalence d’encoches auditives dans les fréquences 3, 4 et 6 kHz (qui sont précisément les premières fréquences affectées dans les processus de perte auditive au bruit) est un signal d’alerte. La préservation de ces seuils auditifs pourrait être en lien avec le créneau d’âge de la population étudiée (forte concentration entre 21 et 26 ans) et leur peu d’ancienneté dans cette profession.
La courbe tympanique de type A (normale) est retrouvée pour 100% des oreilles et un réflexe acoustique controlatéral est présent des deux côtés sur les fréquences 0,5, 1 et 2 kHz. Sur les fréquences 4 kHz, la présence d’un réflexe acoustique controlatéral est notée pour 65,2% des oreilles évaluées et l’absence pour 34,8%.
Dans le registre des otoémissions acoustiques, les résultats font penser à une altération de la fonction cochléaire.
Concernant la durée d’exposition au bruit, les musiciens dont la carrière est supérieure à dix ans présentent des résultats moins bons comparés aux musiciens dont la durée d’exposition est plus réduite.
Il est important que les musiciens concernés soient conscients du danger des intensités extrêmes de la musique.
(publié le 7 avril 2010)