Grossesse et post-partum chez les danseuses professionnelles

N. Blasco Médecine des Arts, n°50, pp 34-40. Bibliographie.

Une étude qualitative via 14 entretiens individuels semi-directifs en France et en Suisse a été réalisée auprès de danseuses professionnelles enceintes ou déjà mères, qui pratiquaient une danse dite artistique au moment de la grossesse.
Il apparaît que lors de la grossesse, la fréquence et l’intensité des activités physiques sont diminuées en raison de l’arrêt de la scène. Il est néanmoins préconisé chez les femmes de maintenir une activité régulière à un volume supérieur ou égal à 50% du volume prégestationnel, avec une intensité cependant modérée. Il est conseillé de proscrire les activités à risque traumatique. Les sauts ne sont pourtant pas toujours évités chez les danseuses interrogées, malgré les modifications d’équilibre et le risque d’entorse voire de luxation liée à l’hyperlaxité engendrée par les modifications hormonales.
Les danseuses veilleront pendant l’effort à se réhydrater et à prendre des collations pour éviter l’hypoglycémie. La durée d’échauffement et de récupération sera augmentée.
Les danseuses enceintes ne sont pas en demande d’information et elles restent très autonomes dans la gestion de leur grossesse, basée sur l’écoute de leur corps, habituellement très développée chez les danseuses ; mais c’est au médecin qu’incombe la prescription des activités physiques et sportives en éliminant les contre-indications et en informant la danseuse sur les signes fonctionnels d’alerte imposant un arrêt immédiat de l’activité (saignement vaginal, fuite de liquide amniotique, contractions répétées, survenue d’une dyspnée pour un exercice peu intense, céphalées, douleur thoracique, douleur et gonflement du mollet). Le suivi médical pendant la grossesse est vécu comme contraignant mais il rassure.

Après l’accouchement, la reprise de la danse impose aussi une absence de contre-indication (incontinence urinaire, césarienne, périnée hypotonique). Il est recommandé une reprise pas trop précoce, et progressive de l’activité aérobie une à deux semaines après l’accouchement en l’absence de contre-indication et si le périnée est tonique. Le projet professionnel est rarement modifié dans le post-partum et les contre-indications aux activités physiques et sportives ne sont pas toujours respectées.
Attention au risque de fracture de fatigue et d’entorse, mais c’est l’incontinence urinaire d’effort qui handicape le plus, même longtemps après l’accouchement.

L’allaitement est compatible avec la danse mais il se fera de préférence avant l’exercice. Une information sur l’augmentation des besoins caloriques est à délivrer aux femmes très soucieuses de retrouver rapidement leur poids antérieur.

Retenons que la danse et la grossesse sont compatibles. Si l’écoute du corps est largement privilégiée par les danseuses, il convient cependant de leur conseiller un suivi médical rigoureux.

(publié le 28 mars 2016)