Travail et santé, le cas d’intermittents du spectacle

F. Aubert, D. Lhuilier, T. Wajnberg, B. Laumond Médecine des Arts, 2007, n°62, p. 24-33. Bibliographie

Ce travail a été initié par des médecins du travail qui observent de nombreux cas de comédiennes souffrant de mal-être ou de malaises plus ou moins profonds qu’elles attribuaient à leur avancée en âge. Il a été prolongé par une quinzaine d’entretiens semi directifs avec l’objectif d’investiguer qualitativement le rapport à la santé et au vieillissement dans la profession de comédienne, et par une étude plus large par auto-questionnaire auprès de 324 intermittents du spectacle, afin de mettre en relief la spécificité du métier. Les contraintes du métier entraînent des pathologies variées qui n’ont rien de spécifique et la discontinuité du travail et de l’emploi peut être source d’angoisse, de décompensation d’un état dépressif latent et d’autres pathologies. Néanmoins, le travail est une priorité et les problèmes de santé sont habituellement minimisés ou dissimulés s’ils ne sont pas trop graves. « La santé est perçue comme un capital que l’activité met à l’épreuve et développe à la fois ». D’où la nécessité de toujours dissimuler « et d’utiliser les savoir-faire de simulation aiguisés par l’expérience au service d’une présentation de soi conforme aux attentes ». « Le registre de la vocation justifie le consentement aux sacrifices et aux souffrances du travail, le pire étant alors l’empêchement de la réalisation de cette vocation ». Se dégage lors des entretiens la problématique du vieillissement en avançant en âge : un tournant dans la carrière est observé (réduction des offres qui va de pair avec la transformation de l’apparence physique, sentiment d’usure en lien aussi avec les arbitrages effectués entre les investissements professionnels et personnels, voire solitude douloureuse ou angoisse). « Tout se passe comme s’il y avait un ajustement mental entre les transformations physiques de la quarantaine et les aléas de la carrière. Comme si les craintes, le vécu des métamorphoses du corps allaient fatalement de compagnie avec une sorte de pause professionnelle survenant vers la quarantaine. Le discours sur les relations âge-métiers du spectacle est habité par ces représentations. Cela ne saurait dénier une réalité qui est vécue douloureusement pour certains. Et qui pose en retour la question du traitement, qui est aussi médical, de cette souffrance ».

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(publié le 15 juin 2009)