Troubles ressentis au cours de la pratique musicale par les musiciens de bagad

M. Eon Médecine des Arts, 2013, n°75-76, pp.21-32. Bibliographie

Un bagad est une formation musicale bretonne reposant sur trois pupitres : bombardes (majoritaires) cornemuses et percussions. Talabadeurs (joueurs de bombarde), sonneurs (joueurs de cornemuse) et percussionnistes sont amenés à se produire soit de manière statique en extérieur ou en salle, soit en mouvement, sous la forme de cortège.
Une étude descriptive et comparative a été menée auprès de 262 musiciens à partir des plaintes rapportées, sur la base de questionnaires distribués aux musiciens des bagadoù des départements d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan au cours des répétitions et par voie postale pour deux d’entre eux.
Les musiciens sont des hommes à 82,7%, d’une moyenne d’âge de 30,9 ans et amateurs pour la plupart (217 sur 262). Ils pratiquent en moyenne depuis plus de cinq ans, jouent 8 heures par semaine sans compter la pratique d’autres instruments.
98,4% des musiciens rapportent au moins une plainte au cours ou au décours du jeu : troubles musculosquelettiques, troubles de l’audition, troubles liés au stress et au trac, troubles dermatologiques et odonto-stomatologiques.

Les percussionnistes sont les plus touchés par les troubles musculosquelettiques en lien avec le poids des instruments, du harnais, entraînant des malpositions rachidiennes de compensation à type d’accentuation des courbures et sollicitant les trois portions, cervicale, dorsale et lombaire du rachis. Viennent ensuite les sonneurs dont la position est à risque de syndrome du défilé cervico-thoracique. Les talabardeurs sont aussi concernés par les douleurs du complexe cou-épaule en raison de la surélévation des membres supérieurs pendant le jeu.
Aux facteurs de risque inhérents à la pratique de l’instrument (être professionnel, appartenir à un bagad de meilleur niveau, travailler son instrument quotidiennement et longtemps), s’ajoutent des facteurs de risque liés aux activités extra-instrumentales ou professionnelles.

81,5% des musiciens de l’échantillon déclarent des troubles de l’audition : dans le jeu de bagad, les partitions sont exécutées tous ensemble, ce qui ne permet pas un repos de l’oreille. Les niveaux sonores produits par un bagad avoisinent 120 dB. Les sonneurs de cornemuse sont les plus assidus au port de bouchons d’oreille (45,2%), puis viennent les talabardeurs (33,9%) et enfin les percussionnistes (21%). Les joueurs appartenant aux bagadoù de 1ère catégorie (le meilleur niveau) les portent à 78%.

Les troubles dermatologiques sont retrouvés de manière anecdotique (herpès labial, eczéma au contact de l’instrument, problèmes au niveau des lèvres ou de la muqueuse buccale, hypertrophies du cou chez les sonneurs).

13 musiciens se plaignent de céphalées (niveau sonore ou migraine d’effort).

Pour combattre le stress, les musiciens privilégient le contrôle de soi et la consommation de substances psychoactives est limitée y compris l’alcool.

9% des musiciens de bagad consultent pour un trouble lié à leur pratique instrumentale. Le médecin généraliste paraît le premier interlocuteur du musicien en matière de santé.

(publié le 27 mars 2014)