Audit ergonomique en réanimation polyvalente. Bruit ambiant, alarmes et impact sur le travail

D. Raffier-Peres, M. Estryn-Behar Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2015, vol.76, n°2, pp. 115-130. Bibliographie

L’objectif de cette étude est d’évaluer dans un service de réanimation le bruit et les alarmes, en lien avec le contexte et le contenu du travail et de proposer des mesures correctrices pour améliorer la qualité du travail, son efficience et préserver la qualité de vie des soignants.

Le service étudié comprend 8 lits à orientation essentiellement médicale avec en 2009, un nombre d’entrées de 218 et une durée moyenne de séjour de 11,3 jours avec un taux d’occupation de 84,7%.
Des observations ergonomiques détaillées ont été réalisées sur des journées entières d’infirmiers travaillant en 12 h avec une période de relève non récupérable, prise sur le temps personnel et pouvant atteindre jusqu’à 36 minutes. Les chambres sont disposées en rotonde autour d’un espace central en demi cercle où est située la banque d’accueil qui est la zone de travail et de surveillance.
Les alarmes sont différentes selon leur origine mais la pollution sonore est importante accompagnant 20,8% de la journée de travail de l’infirmier, avec souvent deux alarmes en même temps. Certaines alarmes justifient une interruption de l’activité en cours. Ces alarmes perturbent la concentration mais ne donnent pas lieu forcément à une interruption immédiate du travail.
Les échanges d’informations sont pratiquement constants entre soignants (entre 43,8% et 59% du temps de travail) mais sont menés en parallèle et en toile de fond avec d’autres tâches. Les échanges des infirmiers avec les médecins sont très courts et les échanges avec les patients sont très peu nombreux (mais la plupart sont en sédation majeure). L’infirmier est également entouré de personnes qui conversent sans qu’il ait à participer.
L’exposition au bruit des soignants a été mesurée au niveau du poste central de surveillance à hauteur des oreilles d’un soignant debout lors de deux journées différentes (niveau équivalent moyen de 59,9 dBA et 57,9 dBA) et dans une chambre, porte ouverte ou fermée. Le niveau de pression acoustique continu équivalent pendant les 12h est de 72,1 dB A et le niveau d’exposition quotidien est de 73,9 dBA.
Les résultats statistiques montrent l’augmentation du burn-out avec l’exposition au bruit pour les soignants. L’analyse ergonomique du travail réel sur des journées complètes confirme la complexité cognitive du travail et le besoin de réduire le fractionnement de l’activité pour réduire le stress et le risque d’erreur. Même si les niveaux lésionnels pour l’oreille ne sont pas atteints, les répercussions sur la santé, la sécurité et l’efficacité au travail sont importantes.
Les changements incessants de lieux de travail (96 entrées dans une chambre pour une durée de 12h) entraînent des conséquences sur l’hygiène et la qualité des soins.
Des recommandations sont proposées :

  • réduire les changements incessants de lieux de travail,
  • ne plus considérer la charge en soins comme le seul critère quotidien de répartition des patients (temps perdu en recherche d’information par rapport à un même infirmier qui prend en charge les mêmes patients plusieurs jours de suite),
  • débattre de l’organisation en 12h car supprime les temps de relève,
  • retravailler les alarmes entre ergonomes et professionnels et les rendre plus identifiables.
(publié le 23 juillet 2015)