Dermatite des mains chez le personnel hospitalier : rôle des isothiazolinones des savons hospitaliers

N. Tran, C. Pecquet, C. Francès Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, vol.75, n°6, pp.608-618. Bibliographie
A partir d’un cas de dermatite des mains chez une puéricultrice en milieu hospitalier, les auteurs précisent la démarche diagnostique, apportent des informations sur les sources d’exposition, les formes cliniques induites par le produit en cause, le traitement des lésions, la réparation, la prévention et le rôle du médecin du travail.
L’existence d’un eczéma surinfecté des paumes des mains évoluant depuis 6 mois a incité les dermatologues à réaliser des tests épicutanés sous occlusion avec les batteries standard européennes, qui se sont révélés positifs au nickel, au mélange MCI/MI (méthylchloroisothiazolinone et méthylisothiazolinone) et au thiomersal.
Les tests épicutanés semi-ouverts ont été positifs avec le savon Anios® Doux haute fréquence qui, de fait, avait provoqué cette dermatite allergique par présence du mélange MCI/MI dans sa composition.
Le mélange MCI/MI est un conservateur actif à de très faibles concentrations, qui possède un large spectre d’activité contre le moisissures, les levures, les algues et les bactéries. Ce mélange se retrouve dans de nombreux produits d’usage quotidien (cosmétiques, produits d’entretien domestique) et dans la plupart des secteurs professionnels.
C’est ce mélange en lui-même qui est sensibilisant et non ses produits de dégradation mais avec la preuve tout de même qu’utiliser ce mélange à de très faibles concentrations dans les produits rincés représenterait un risque extrêmement faible de sensibilisation.
Il n’existe pas de forme clinique spécifique de dermatite au mélange MCI/MI ; les atteintes concernent le plus souvent le visage et/ou les mains et se rencontrent le plus souvent chez les femmes sous forme d’une dermatite d’aiguë d’installation brutale ou d’une aggravation d’une dermatite pré-existante, ou sous forme d’eczéma typique ou non, voire d’eczémas aéroportés ou d’asthmes.
Le diagnostic positif repose sur la pratique de patch-tests au mélange MCI/MI réalisés en milieu spécialisé, complétés si besoin par des tests semi-ouverts.
Le traitement suppose une éviction des produits contenant cet allergène (mais la présence du mélange MCI/MI n’est pas toujours clairement indiquée sur les produits), le port de gants de protection, l’utilisation d’émollients après chaque lavage, la réduction de la durée du travail en milieu humide et du nombre de lavages des mains et l’utilisation préférentielle des solutions hydro-alcooliques plutôt que l’usage d’un savon antiseptique.
La réparation peut être proposée au titre du tableau 65 du régime général de la Sécurité sociale "lésions eczématiformes de mécanisme allergique aux agents chimiques".
Il faut dès lors promouvoir les mesures de prévention primaire et secondaire en termes de protection et de lavage des mains, favoriser la formation initiale et l’information du personnel et rendre disponible une information claire et précise sur les produits à éviter.
(publié le 20 avril 2015)