Evaluation du stress chez le personnel de santé au Maroc : à propos d’une étude multicentrique

O. Laraqui, S. Laraqui, D. Tripoli, A. Caubet, C. Verger, C.H. Laraqui Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2008, Vol.69, n°5/6, p. 672-682. Bibliographie

Une enquête épidémiologique, multicentrique, descriptive et transversale par auto-questionnaire a été menée en 2004 auprès des médecins et des paramédicaux ayant au moins un an d’ancienneté dans les structures hospitalières appartenant à quatre régions différentes du Maroc. Le questionnaire comportant 50 items a été distribué à l’ensemble de ces professionnels de santé. 3 554 ont été colligés, soit un taux de participation de 71,9%. L’âge moyen était de 41 ± 9,5 ans et le sexe féminin prédominait (53,9%). La plupart des soignants vivaient en couple et avaient des enfants ou des parents à charge. 72,6% consommaient plus de 4 tasses de café par jour, 21,4% fumaient, 16% buvaient de l’alcool, 19,2% prenaient des psychotropes et plus de 50% des antalgiques.

Parmi les facteurs de risque de stress, on notait une demande psychologique importante (heures supplémentaires, lourde charge de travail, pression du temps, interruptions fréquentes dans le travail), une latitude décisionnelle faible (seuls 49,2% étaient satisfaits de leur travail), un soutien social faible. Les manifestations psychosomatiques étaient présentes sous forme de signes de tension nerveuse (rapportés par 73,6%) : maux de tête, sensations de malaise et de tremblement des extrémités, de troubles neurovégétatifs (71,3% des enquêtés) : palpitations, douleurs au niveau du cœur, sécheresse de la bouche, nausées, troubles digestifs, oppression thoracique, de troubles du sommeil (58,6%), de troubles de l’humeur (53,9%) : anxiété, irritabilité, troubles dépressifs, de douleurs et courbatures musculaires (53,6% des soignants). A la question « depuis six mois, vous sentez-vous stressé ? », 21,7% ont répondu positivement. Mais la prévalence varie selon les régions. L’âge moyen des sujets stressés était significativement plus élevé que celui des non stressés et la prévalence du stress était plus importante chez les femmes, les professionnels ayant des personnes à charge et les paramédicaux. Les sujets stressés avaient plus d’habitudes toxiques et consommaient plus de médicaments que les autres.

Chez les stressés, la demande psychologique était plus importante et la latitude décisionnelle et le soutien social, plus faibles. Les activités de loisirs étaient un facteur protecteur contre le stress. La prévalence élevée de l’état de stress chez les soignants confirme l’importance du risque dans le secteur de la santé : elle varie de 18 à 30,2% selon les études et selon les régions, elle est plus importante à Casablanca et à Rabat (en lien avec le mode de vie dans les grandes villes). S’y ajoutent les difficultés dans les transports et la cherté de la vie qui impose aux soignants du secteur public d’avoir un emploi complémentaire entraînant une durée globale de travail supérieure à 70 heures par semaine. Il a été noté une corrélation positive entre d’une part l’état de stress et, d’autre part, la taille de la ville, les difficultés économiques et le travail complémentaire dans le secteur libéral.

La prévention de cet état de stress suppose des changements organisationnels concernant le mode de vie, les conditions et l’organisation d’un travail en équipes homogènes et structurées, la lutte contre la précarité et l’amélioration des conditions socioéconomiques.

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(publié le 6 avril 2009)