Manifestations allergiques ou irritatives chez le personnel des laboratoires de préparation et des animaleries d’un institut de recherche

B. Francuz, V. Demange, M-L. Mousel, M. Grzebyk, P. Nicaise, S. Chollet-Martin, D. Choudat Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, vol.75, n°2, p.126-134. Références
Une enquête a été menée auprès de 131 personnes (sur 159) travaillant dans un institut de recherche en tant que personnel de laboratoire de préparation ou animalier, cumulant les expositions à des produits de nettoyage, à des substances chimiques et au latex et de surcroît aux animaux de laboratoire pour les animaliers.
Les participants ont répondu à un questionnaire médical, à un questionnaire sur l’activité professionnelle rapportant leurs symptômes, leurs tâches et leurs expositions. Ils ont bénéficié d’une recherche d’IgE spécifiques aux pneumallergènes et de dosages d’IgE spécifiques dirigées contre les allergènes d’animaux de laboratoire, le latex et les ammoniums quaternaires. Des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) ont été réalisées ainsi que des mesures de monoxyde d’azote dans l’air exhalé.
72 salariés (55 %) déclarent au moins un symptôme rythmé par le travail.
Les symptômes les plus fréquents sont la rhinite et la conjonctivite (observées pour les tâches auprès des animaux, la pesée des poudres et la préparation des milieux de culture), puis la toux sèche (associée à la pesée des animaux et à la préparation des milieux), la gêne oropharyngée (associée à la manipulation des animaux) et l’eczéma (lié au port de gants en latex et aux tâches de nettoyage), sachant que les liens entre les symptômes et les tâches ont été déclarés par les salariés.
La durée mensuelle des tâches est plus importante chez les salariés symptomatiques que chez les salariés asymptomatiques pour tous les types de tâches étudiées. Il en est de même pour les concentrations en NO exhalé.
La sensibilisation parait dans cette étude plus fréquente vis-à-vis des animaux de laboratoire que du latex ou des ammoniums quaternaires.
Les facteurs favorisant la sensibilisation aux animaux sont la présence d’un terrain atopique et le temps d’exposition à l’allergène.
Les résultats des EFR révèlent un syndrome obstructif dans 6 cas.
Chez 19 salariés (21% parmi les 63 chez qui le dosage a été réalisé), des IgE spécifiques d’un animal de laboratoire ont été mises en évidence, dirigées le plus souvent contre les allergènes de souris, puis de hamster, enfin de lapin et de rat. Les prévalences d’IgE spécifiques pour le latex et les ammoniums quaternaires sont les mêmes (soit 4%).
A la suite de cette étude, 19 personnes ont été orientées vers des consultations spécialisées. Une déclaration de maladie professionnelle a été faite face à une rhinite rythmée par le contact des animaux de laboratoire. Trois aménagements de postes de travail avec deux évictions du contact avec les animaux et une contre-indication au contact du latex ont été proposés.
La prévention repose sur la ventilation des cages d’animaux et des locaux, la diminution du nombre d’animaux par cage, l’utilisation de brisures de bois moins fines comme litière. Le port de masque est primordial pour les opérations de vidage et de grattage des cages. Le choix des gants sera adapté aux produits manipulés et à la tâche. L’information et la formation des personnels exposés à toutes ces nuisances est essentielle.
A la suite de cette étude, la politique de prévention a été renforcée.
(publié le 25 septembre 2014)