Analyse des pratiques professionnelles dans les cabinets dentaires de Drôme Provençale : exposition aux rayonnements ionisants, aux agents biologiques et aux produits chimiques

E. Pépin, G. Roche, J-M. Fontaine Références en Santé au Travail, 2017, n°149, pp.71-84. Bibliographie

Dans le cadre d’une élévation des risques, 54 cabinets dentaires adhérents à un service interentreprises de santé au travail (SIST) ont été visités. Ces cabinets employaient 164 travailleurs dont 64 chirurgiens-dentistes.
Il en ressort les remarques suivantes.

Le risque rayonnements ionisants n’est pas parfaitement pris en compte

  • éloignement insuffisant de l’opérateur lors de la prise de clichés et absence fréquente de commande extérieure à la salle de soins,
  • désignation non systématique d’une personne compétente en radioprotection (PCR),
  • classement du personnel vis-à-vis du risque d’exposition insuffisant, fiche d’exposition non systématique ou non transmise au médecin du travail,
  • dosimètre non porté systématiquement et résultats dosimétriques non transmis systématiquement au médecin du travail,
  • contrôles techniques périodiques internes et externes insuffisants (effectués chez respectivement 58 et 69% des praticiens),
  • suivi médical respecté pour les personnels salariés mais inexistant pour les praticiens libéraux.

Le risque biologique

  • les accidents avec exposition au sang (AES) sont en moyenne de 3/an et par dentiste. Aucune séroconversion professionnelle n’a été signalée depuis 2005 concernant le VIH en France. Le risque est en lien avec le recapuchonnage des aiguilles (pratiqué chez 59% des praticiens et 7,5% des assistances dentaires) ;
  • la gestion des déchets n’est pas optimale,
  • la vaccination contre l’hépatite B est insuffisamment contrôlée (statut immunitaire inconnu pour 1/3 des salariés et pour la totalité des praticiens non suivis par le SIST),
  • faiblesse de l’usage des EPI,
    • lunettes de protection portées par 1/3 du personnel concerné,
    • masques chirurgicaux classe I ou II portés par la totalité des assistantes dentaires, 1 seul praticien porte un masque IIR (couche imperméable supplémentaire) mais aucun ne porte de masque FFP2 (le seul en mesure de protéger contre les infections respiratoires de type "air" (telles que tuberculose, varicelle, rougeole...),
    • gants de protection portés dans 94% des cas.

Le risque chimique

  • Produits contenant des agents ou substances CMR utilisés par au moins 95% des dentistes (24 produits ont été recensés dans les cabinets visités selon la réglementation européenne mais 87 produits selon la classification du CIRC), mais risque à relativiser car les quantités utilisées sont infimes. Néanmoins, certaines substances cancérogènes sont sans effet seuil.
    Le risque d’exposition au mercure est partiellement pris en compte.

La profession s’est montrée réceptive aux conclusions de l’étude et aux recommandations. Des améliorations sont indispensables en ce qui concerne surtout l’exposition aux rayonnements ionisants. Le risque biologique est partiellement pris en compte mais le recapuchonnage des aiguilles doit être totalement supprimé. En ce qui concerne les CMR : la sensibilisation des praticiens permet d’augurer de meilleures pratiques (substitution des produits ou des procédés les plus dangereux). Les mesures de prévention vis-à-vis de l’exposition au mercure sont à améliorer.

(publié le 15 mai 2017)