Ce qui touche les médecins du travail dans leur pratique du métier : exploration qualitative des situations professionnelles difficiles

S. Berjot, F-X. Lesage Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2018, vol. 79, N°1, pp.46-54. Références

Il s’agit d’une analyse qualitative des situations de travail jugées particulièrement difficiles à vivre par les médecins du travail, ainsi qu’une analyse en cluster des trois dimensions de l’épuisement professionnel afin d’identifier des profils de risque existants au sein de cette profession.

Une étude transversale nationale a été menée à partir d’un questionnaire comprenant les données socio-démographiques, le type de service de santé au travail, une mesure d’épuisement professionnel, une mesure de stress perçu et une mesure de menace à l’identité personnelle et professionnelle. S’ajoutait une question ouverte à réponse facultative " pouvez-vous maintenant penser aux situations professionnelle difficiles que vous pouvez vivre et qui vous touchent tout particulièrement en tant que personne et/ou en tant que médecin du travail ?"
1440 médecins du travail ont répondu au questionnaire et 719 à la question ouverte ; et c’est cette réponse qui fait l’objet de cette étude.
Près de 74% des médecins travaillaient en service inter-entreprise (SIE), près de 20% en service autonome (SA), et la catégorie classé "Autres" regroupait ceux qui travaillaient à la MSA, pour une collectivité territoriale ou hospitalière ou qui travaillaient à la fois en SA et en SIE.
La classification des éléments issus de la question ouverte a fait ressortir quatre classes principales représentant 96% des unités.

  • La classe 1 regroupe 28% des unités et se caractérise par la notification d’un manque de moyens et de temps pour effectuer correctement et efficacement le travail et des effectifs à suivre trop importants. Il s’agit essentiellement des médecins masculins travaillant en SIE.
  • La classe 2 (25% des unités classées) fait mention de relations conflictuelles avec les syndicats, les employeurs, le manque de reconnaissance et l’isolement. Elle comprend essentiellement les médecins travaillant en SA et présentant un profil de burnout "épuisés".
  • La classe 3 (17% des unités) concerne les médecins qui ont des difficultés à être confrontés à la souffrance des salariés, à leurs conditions de travail délétères, aux conséquences qui en découlent. Elle est représentée par des médecins femmes travaillant en SA. En sont absents les médecins au profil burnout "élevé " et les médecins travaillant en SIE.
  • La classe 4 regroupe ceux qui éprouvent des difficultés face aux conséquences sociales de leurs décisions (reclassement, inaptitude). Il s’agit le plus souvent de médecins femmes travaillant en SIE.

Cette étude qui a concerné 37% des médecins du travail français, a été menée avant la réforme de la loi travail de 2016 et la mise en place de la pluridisciplinarité. Et seulement la moitié des répondants au questionnaire a accepté de relater un événement difficile.

Il existe aussi des médecins du travail heureux qui trouvent dans leur profession, un sens à leur activité quotidienne, à savoir " prévenir les risques, accompagner, conseiller et atténuer les impacts de ces risques sur le salarié".

(publié le 3 mai 2018)