Evaluation de l’état de santé, des risques professionnels toxiques et de l’exposition aux métaux d’une population de prothésistes dentaires

L. Moins, R. Persoons, D. Barbeau, F. Balducci, A. Maître, V. Bonneterre Archives des malades professionnelles et de l’environnement, 2016, vol.77, n°6, pp. 961-972. Bibliographie

Une étude a été menée dans plusieurs départements des Alpes, au profit de prothésistes dentaires "en s’appuyant, d’une part, sur un volet clinique comportant des consultations médicales, des explorations fonctionnelles respiratoires, une imagerie pulmonaire et une information sur les risques et moyens de prévention. D’autre part, une évaluation des risques a été réalisée à travers un entretien portant sur les conditions de travail et une surveillance biologique de l’exposition aux métaux (Cr, Ni, Co, Cd, Be) dans la mesure où des concentrations élevées avaient pu être retrouvées dans certaines études". Cette surveillance biologique portait sur deux prélèvements d’urines respectivement collectés en début de poste le 1er jour de travail de la semaine et en fin de poste le dernier jour de travail de la semaine.

La consultation était réalisée au centre de pathologies professionnelles du CHU de Grenoble. Un auto-questionnaire recueillant des informations sur leur activité, la nature des produits utilisés, les conditions de travail leur était envoyé en amont de cette consultation.
Le taux de participation de l’ensemble des prothésistes dentaires a été finalement de 37%.
57% des prothésistes dentaires ont plus de 27 ans d’antériorité dans la profession. 47% des gérants et 87% des salariés n’ont pas été sensibilisés aux risques professionnels durant leur formation. Les gérants ont en moyenne fabriqué 26 500 prothèses durant leur carrière versus 20 000 pour les salariés.
Les produits les plus utilisés sont les alliages en chrome et cobalt, suivis par le palladium, le nickel, le tungstène et le molybdène. 1/4 des prothésistes utilise encore du béryllium et 3/4 sont concernés par l’utilisation de résines méthacryliques.
48% des gérants ont utilisé de l’amiante avec une durée moyenne d’exposition au risque de 12 ans. Il a été conseillé une surveillance post-exposition chez 17 prothésistes devant une utilisation quotidienne et une durée d’exposition de 4 à 30 ans.
60% des prothésistes ont rapporté avoir un système de VMC au sein de leur laboratoire ; 1/5 ne porte jamais de masque et 40% des masques utilisés sont non protecteurs.
Il apparaît que la tendance à l’obstruction bronchique est liée négativement au nombre de prothèses-années après prise en compte de l’âge et du statut tabagique.
Si globalement, les concentrations urinaires des métaux ne diffèrent pas des moyennes en population générale, elles sont néanmoins corrélées au nombre de prothèses réalisées pendant la semaine.
Des mesures de silice cristalline sur chaque lieu de travail permettraient de compléter l’évaluation de risque de pneumoconiose chez les prothésistes dentaires.

(publié le 23 janvier 2017)