Prendre soin des soignants
Contexte et enjeux de la qualité de vie au traavail

P. Levet, A. Casagrande, H. Haliday, J. Pisarik, Actualité et dossier en santé publique (adsp), La Documentation Française, 2020, n°110, pp.12-24

Cet article s’intéresse aux enjeux de la qualité de vie au travail chez les soignants.
A partir des années 2010, le cadre de la qualité de vie au travail parie sur la mise en visibilité du travail en tant que facteur d’accomplissement et créateur de valeur, afin que convergent bien-être professionnel et performance de l’entreprise. L’expérience positive du travail en termes de satisfaction et de bien-être au travail produira des comportements au travail qui créeront une efficacité productive.
Des leviers organisationnels sont alors proposés (enrichissement et élargissement des tâches, co-conception du travail, plan de carrière, conciliation des temps, etc.) dans une démarche de type participative ; ce qui sous-tend une méthode rigoureuse (formation des managers, action collective, diagnostic préalable, utilisation d’indicateurs, espaces de discussion...) et la mise en place de modes d’organisation destinés à développer l’autonomie, le dialogue, ou "la capacité à expérimenter des compromis inédits".

Il est primordial par ailleurs d’avoir un management qui permette une culture de l’alerte afin que les erreurs individuelles, les fatigues ou les déviances soient énoncées, assumées et résolues facilement par le collectif, et que chacun prenne la part qui lui revient dans ce qui a pu déclencher ou faciliter la déviance individuelle. Le laisser-faire conduit à penser que la responsabilité collective est défectueuse et que chacun est abandonné à ses propres ressources.
Les dysfonctionnements étant difficiles à entendre par l’encadrement, sont souvent sous-déclarés ou relégués au plus bas niveau des priorités opérationnelles par manque de temps à les traiter.
Il faut installer un équilibre réel des prises de parole au sein des collectifs de travail des soignants afin de ne pas entraver la circulation des points de vue et la possibilité d’interpellation de tous les collaborateurs.
La qualité de vie au travail repose sur la faculté à résoudre rapidement les microdysfonctionnements qui à terme, faute d’être réglés entraveront la qualité du soin et de fait la capacité d’accomplissement professionnel du soignant.

La situation liée à la Covid-19 est venue aggraver la situation psychologique des soignants et ce n’est plus seulement l’urgence de santé mentale qu’il faut soigner, mais aussi les organisations et le travail. Il apparaît que l’équipe est la clef de voûte d’une organisation durable et la réussite des prises en charge pluridisciplinaires repose majoritairement sur la qualité du collectif de travail, dépendant lui-même des fonctionnements relationnels (évitement des tensions de pouvoir entre professionnels), processuels (temps et espace), organisationnels et contextuels.

L’introduction des réformes sur les organisations (informatisation, introduction de la tarification à l’activité) a entrainé des conséquences sur le moral des soignants (baisse du sentiment d’autonomie, manque de reconnaissance, reconfigurations des activités propres à l’éclosion de conflits multiples...)
Il faut dès lors promouvoir des pratiques de management " à la confiance" basées sur la collaboration et la participation, qui prennent en compte le point de vue de professionnels.

Une enquête menée en 2016 "Conditions de travail et risques psychosociaux" a fait ressortir, chez les salariés des établissements de santé publics et privés, comparés à l’ensemble des actifs occupés, l’intensité du travail, l’importance de la charge émotionnelle dans un contexte caractérisé par un sentiment d’effectuer un travail utile mais insuffisamment rémunéré. L’appui des collègues permet de soulager la charge de travail même si des tensions existent. Les désaccords sont plus nombreux pour les professions paramédicales et les professions administratives.

(publié le 26 novembre 2020)