Prévenir les risques chimiques lors d’une chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérolisation (CIPPA ou PIPAC)

J. Passeron, A. Guilleux, F. Pillière Références en Santé au Travail, 2016, n°147, pp.29-39. Bibliographie
La chimiothérapie intrapéritonéale pressurisée par aérolisation est une nouvelle technique qui a pour ambition de limiter la progression de la tumeur, d’améliorer le pronostic et la qualité de vie des patients.
Les produits utilisés sont la doxorubicine, l’oxaliplatine et le cisplatine. Les professionnels de santé peuvent être exposés par inhalation, par voie cutanée ou orale.
Les données sur la toxicité de ces substances chez les professionnels exposés sont difficiles à interpréter car les études sont parfois anciennes et les niveaux d’exposition actuels sont moins importants qu’auparavant. Il semble que l’exposition à des cytotoxiques soit associé à un risque accru pour la reproduction. Malgré des résultats contradictoires, ce risque doit être pris en compte en l’état actuel des connaissances.
Les situations à risque sont la préparation, le défaut d’étanchéité des conduits d’injection de cytotoxiques avec rupture possible des connexions entraînant projections et dégagement d’aérosols, le retrait des trocarts (écoulements ou projections) et en fin de procédure, le contact avec tous les équipements et accessoires en lien avec le patient ou le médicament (risque de contamination du personnel de nettoyage et d’entretien du bloc opératoire).
La prévention repose sur l’isolement de la zone d’intervention, d’un point de vue technique et organisationnel (nombre d’intervenants limité).
Seront contrôlées, l’absence de défaut d’étanchéité, les installations de ventilation de manière périodique, le fonctionnement des équipements, l’absence de contamination des surfaces, le nettoyage et la décontamination de la salle et des équipements. Tout le matériel utilisé sera à usage unique.
S’y ajouteront des mesures de protection individuelle qui protégeront l’intervenant de la tête aux pieds. Les gants seront imperméables aux substances utilisées et leurs propriétés devront être contrôlées auprès des fournisseurs.
Des procédures d’urgence seront établies afin de réagir de manière appropriée en cas d’accident.
Une réévaluation des risques d’exposition sera menée lorsque les mesures de prévention auront été mises en place (accompagnées de campagnes de prélèvements).
L’information, la formation du personnel sont essentielles.
La surveillance médicale comportera un examen de référence avant toute exposition potentielle (NFS, plaquettes, bilan hépatique et rénal), renouvelé annuellement en ce qui concerne la NFS et les plaquettes et éventuellement complété d’un bilan hépatique et rénal en fonction des données de l’examen clinique et de l’évaluation des risques professionnels.
Les femmes enceintes seront informées de la nécessité de déclarer très précocement leur grossesse afin d’éviter les situations à risque.
Une surveillance biologique des expositions professionnelles serait souhaitable, permettant de prendre en compte toutes les voies d’exposition. S’il existe des dosages urinaires disponibles en routine pour certains cytotoxiques, il est nécessaire de s’informer des produits suspects auprès de la base de données Biotox.
Face à ce nouveau risque auquel le milieu hospitalier est encore peu familiarisé, le médecin du travail a un rôle primordial à jouer dans la sensibilisation du personnel exposé.
(publié le 29 novembre 2016)