Santé des personnels en milieu hospitalier, qualité des soins et contraintes budgétaires

C. Segouin Actualité et dossier en santé publique (ADSP), 2017, n°99, pp. 24-27
"Une partie de l’hôpital est en souffrance".
Le 1/3 des infirmières ne vont pas jusqu’au terme de leur carrière en raison principalement de leurs conditions de travail (manque de soutien psychologique, pression temporelle, dégradation des conditions de soins, personnel insuffisant en nombre).
En ce qui concerne les médecins hospitaliers, le climat se dégrade. Une enquête de juin 2016 dans un CHU parisien indique qu’1/3 des répondants ont été classés dans un groupe "atteinte à la santé" et 43% en risque psychosocial.
Tout cela en lien avec le manque de travail d’équipe, les conflits entre activité professionnelle et vie familiale, l’intensité du travail (plus que la durée du travail).
L’hôpital a connu une succession de réformes mais les conditions de travail n’ont pas été revisitées. Les professionnels ont du s’adapter encore et encore et aujourd’hui le moindre changement les met au bord de la rupture.
Tous (infirmiers ou médecins) sont confrontés à l’intensification de leur activité avec des tâches démultipliées tout en devant maintenir une performance sur leurs résultats. Les médecins se plaignent d’être "distraits"de leur activité clinique (primordiale à leurs yeux) pour exécuter trop de des tâches administratives. Ils ne disposent plus de la marge de manœuvre essentielle pour atteindre un équilibre entre les contraintes imposées et les valeurs professionnelles.
S’y ajoutent des conflits ou des difficultés relationnelles non seulement entre direction et médecins mais aussi entre médecins eux-mêmes.
De surcroît, la mise en place de la T2A (tarification à l’activité) avec la pression sur la production de soins a fait que le point de rupture est atteint. Cette situation est inquiétante car elle peut perturber la qualité des soins délivrés dans un tel contexte. Les enquêtés rapportent le ressenti des professionnels concernés, qui s’accordent sur un risque accru pour les patients liés à des phénomènes comme une perte d’attention.
Quelles solutions ?
Il est important de s’adapter à l’évolution de la société mais aussi des pathologies et de la science. Il faut concilier à la fois les rôles des institutions et des professionnels et leur modes de rémunération pour les rendre congruents.
Il est nécessaire de revisiter les places des acteurs. "Il faut donner aux médecins la possibilité de se consacrer à la prise en charge des personnes malades dans un environnent serein et ouvert qui dépasse les questions de frontière entre structures de soins hospitalières et de ville.... Il faut imaginer un nouveau paradigme d’exercice médical qui permette une prise en charge adaptée de la population et apporte un nouveau souffle aux professionnels afin de les aider à échapper au burnout ambiant".
(publié le 31 octobre 2017)