Effets toxiques lors d’une exposition collective à la créosote chez 57 dockers

N. Ladhari, F. En Salah, A. Ben Amor, D. Safi, B. Elghack, I. Youssef, A. Benzarti, C. Cherif, A. Ben Jemaa, R. Gharbi Archives des Maladies Professionnelles et de l’ Environnement, 2008, vol.69, n°4, p. 623-630. Bibliographie

57 dockers d’une société d’acconage et de manutention ont participé au déchargement d’un navire contenant plus de 1 000 tonnes de traverses de bois créosotées, destinées à la construction de voies ferrées.

L’opération s’est déroulée lors d’une journée ensoleillée avec une température assez élevée atteignant 32°C. Dans un délai ne dépassant pas les 24 h après le début de l’exposition, tous les dockers ont présenté des symptômes : manifestations cutanées pour 100% d’entre eux, atteignant principalement le visage et les autres zones découvertes donnant l’aspect d’un « coup de soleil », manifestations ORL chez 96,5% des victimes (irritation nasale, irritation pharyngée, dysphonie, érosions oropharyngées, épistaxis), manifestations oculaires chez 86% des victimes (brûlure oculaire, érythème des paupières, larmoiement, œdème des paupières, photophobie), manifestations pulmonaires dans 49,1% des cas (irritation bronchique avec toux et/ou expectoration, dyspnée), plaintes digestives dans 38,6% des cas (diarrhées, vomissements, nausées, douleurs abdominales, hypersalivation), céphalées dans 12,3% des cas accompagnées d’insomnie ou de paresthésies des extrémités. Les manifestations cliniques ont disparu spontanément et totalement en moyenne en quatre jours (entre 1 et 16 jours). « Il a été rapporté dans la littérature que les goudrons de houille et leurs dérivés dont la créosote pouvaient être responsables de réactions de photosensibilisation cutanée, essentiellement à type de phototoxicité ». Parmi la moitié des dockers qui ont développé des signes respiratoires, huit ont présenté un tableau clinique suffisamment sévère pour justifier leur transfert aux urgences d’un hôpital régional proche du lieu de l’accident. Cet accident du travail collectif (touchant 100% des personnes exposées) permet d’attirer l’attention des responsables en matière de sécurité et d’hygiène du travail afin de contrôler davantage l’utilisation et l’exposition à la créosote. Le déchargement du navire s’est poursuivi la nuit par une autre équipe de dockers avec obligation de porter des équipements individuels de protection (tenue adaptée, masque respiratoire).

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(publié le 7 janvier 2009)