Le risque routier peut en cacher un autre

J-P. Richez, G. Brasseur, J. Clergiot Travail et Sécurité, 2011, n°718, pp.17-31
Le domaine du transport routier de marchandises se transforme sous l’effet des contraintes économiques et réglementaires. Dans ce secteur, l’effectif salarié atteint 390 000 personnes dont 80% de conducteurs, 4% d’agents d’encadrement et 16% de personnel d’exploitation et administratif. Du fait de sa situation géographique, la France accueille 3% du trafic international et le trafic généré par des entreprises non résidentes est important. Dès lors, les sociétés françaises se recentrent sur leurs activités et privilégient plutôt les transports nationaux ou régionaux ; ce qui fait qu’un salarié qui enlevait un chargement complet pour le transporter d’un point à un autre doit maintenant multiplier les lieux de livraison dans une même journée, ce qui engendre une charge mentale plus importante (stress des horaires à respecter), une réduction de l’activité de conduite (trajets fractionnés et monotones, mises à quai répétées) au profit d’efforts physiques intenses de manutention avec en parallèle une explosion des technologies d’information et de communication (suivi des activités par géolocalisation).
L’évaluation des risques doit donc être repensée et si le risque lié à la conduite est important (13% des accidents graves et 70% des accidents mortels), il faut intégrer le fait qu’un accident sur trois est lié aux manutentions et plus d’un sur cinq aux chutes de hauteur.
Pour faciliter les activités de manutention, les entreprises adaptent le matériel (palettes moins hautes, plus pratiques, réduisant la fatigue et les risques de troubles musculosquelettiques, palettes réparties dans le camion comme sur les racks d’un entrepôt, volume de la remorque optimisé permettant de ranger plus de palettes et donc de limiter le nombre de camions sur la route). En retour, les entrepôts doivent être équipés d’un quai pour faciliter le déchargement.
Les entreprises ne sont pas livrées à elles-mêmes pour imaginer une démarche de prévention ; les employeurs peuvent s’appuyer sur l’expertise des Carsat (Caisses d’assurance retraite et de santé au travail) pour construire et déployer une démarche de prévention adaptée aux problématiques du terrain.
Un autre problème est l’insécurité et l’isolement du routier. Souvent le chauffeur ne dort que d’un œil craignant l’agression sur les aires d’autoroute, le vol de sa cargaison ou le siphonnage du réservoir. Quelques parkings sécurisés à accès contrôlé ont été créés sur certaines autoroutes, disposant de services de restauration et de détente adaptés aux routiers.
Le dossier comporte un document sur les déménageurs qui rencontrent de grandes difficultés dans leur métier, à commencer par trouver une place de stationnement pour le jour J et qui sont confrontés à de nombreux risques dont "le risque routier, l’activité physique pénible (déplacement de 8 m3 par personne et par jour), la coactivité possible, la présence d’un voisinage pas toujours arrangeant et des forces de l’ordre pas toujours bienveillantes". Il est important pour les équipes de préparer le chantier (organiser les tâches, estimer le temps de chargement, les contraintes), d’utiliser autant que faire se peut les aides à la manutention (monte-meubles).
(publié le 19 septembre 2011)