Rayonnement cosmique dans l’aviation - Y a t-il un siège pour la radioprotection ?

S. Andresz, G. Desmaris Radioprotection, 2017, vol.52, n°3, pp.159-165. Bibliographie

Le rayonnement cosmique varie en fonction de l’altitude (il est 4 fois plus élevé à 1 500 m et 16 fois plus à 5 200 m), de la latitude (il est plus élevé vers les pôles) et de fait avec le nombre d’heures de vol.
C’est ainsi que la CIPR (Commission internationale de protection radiologique) recommande en 1990 de considérer les personnels navigants comme des travailleurs exposés.
En 2007, la CIPR révise le système de protection radiologique et en 2016 publie un rapport détaillant entre autres les recommandations pour le personnel navigant :

  • information de l’employeur sur les caractéristiques de la situation d’exposition
  • évaluation de la dose annuelle individuelle qui sera communiquée au personnel et conservée pour des études épidémiologiques
  • pas de port de dosimètre individuel jugé trop contraignant, mais une évaluation de la dose par calcul en utilisant un modèle numérique intégré dans un logiciel,
  • pas de suivi médical supplémentaire par rapport à celui mis en place dans le cadre de l’aptitude professionnelle,
  • actions de protection (sélection des itinéraires, voire travail au sol) et tout particulièrement pour les personnels ayant déclaré une grossesse (la dose au fœtus ne devant pas dépasser 1 mSv).

la Compagnie Air France porte une attention particulière à son personnel navigant : actions de sensibilisation, distribution équitable des vols trans-équatoriaux (moins exposants) et trans-polaires, fixation du niveau de référence de 6mSv/an avec un seuil d’alerte de 4 mSv sur huit mois roulants. Depuis 2012, personne n’a reçu de dose supérieure à 5 mSv sur un an.

Que dire aux passagers ?
La CIPR recommande que la situation d’exposition au rayon cosmique soit portée à l’attention des passagers sans alarmer ni générer de comportement excessif. Cela s’inscrit dans une démarche de transparence et d’ouverture. Chacun pourrait apprécier objectivement la situation et prendre ses décisions de façon éclairée. Certaines compagnies aériennes le pratiquent déjà.

  • Pour les passagers occasionnels, il convient de ne pas recommander d’actions de protection.
  • Pour les grands voyageurs qui l’estiment nécessaire, il leur est conseillé de suivre leur dosimétrie et le cas échéant d’ajuster la fréquence de leurs vols. Ceci ne devrait s’appliquer qu’au cas par cas en concertation avec l’employeur, la médecine du travail, les syndicats.. ; et si par hasard, le grand voyageur est déjà un travailleur exposé, il convient de gérer les deux situations de manière distincte.

Les études épidémiologiques menées depuis plusieurs décennies sur les populations de personnels navigants ne permettent pas de conclure à une relation entre l’exposition au rayonnement cosmique et un excès de cancer.

(publié le 16 novembre 2017)