Des drogués du travail bien encombrants

E. Béal Liaisons Sociales Magazine,2016, n° 169, pp.38-40
Le workaholic ou bourreau de travail n’est pas rare dans les entreprises car "les horaires interminables sont une spécialité française". Le surinvestissement est bien vu des directions et des individus eux-mêmes qui le perçoivent comme un signe de leur réussite sociale.
Les experts sont unanimes pour considérer les workahlics comme "des personnes déséquilibrées, des malades du travail" en proie à une addiction.
Ces sujets se rencontrent "dans les entreprises qui valorisent la culture des héros" et spécifiquement "dans les métiers de services intellectuels : consultants, ingénieries, avocats, chercheurs, médecins, experts-comptables...."
Non seulement ils mettent en danger leur santé et leur vie privée mais ils pèsent aussi sur leur entourage professionnel. "Leur comportement engendre mal-être au travail, arrêts maladie, turnover et perte de compétences" chez leurs collaborateurs et finalement," ils posent autant de problèmes qui ceux qui ne travaillent pas assez".
Ce surinvestissement "révèle des difficultés d’organisation, soit qu’ils ne délèguent pas assez, soit qu’ils évaluent mal les moyens et le temps nécessaire à une mission".
Comment lutter contre cette attitude ?
Interdire les mails tardifs et le travail à la maison ? Mais par quels moyens ? Il faudrait impliquer le top management mais il est souvent lui-même workaholic.
Faire prendre conscience de cette situation aux intéressés est un premier pas mais il faut une approche globale où la direction doit développer une culture interne et tenir un discours clair sur l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, tout cela sans casser l’enthousiasme et la motivation.
La régulation par le groupe est une autre approche : d’aucuns proposent de faire sortir le workaholic de son univers en lui confiant un junior avec une feuille de route précise, ou en le faisant adhérer à une mission collective.
Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut revoir l’organisation mais comment s’attaquer au contrôle, à la durée de travail ? Pas si simple ! Pourtant les experts sont unanimes pour affirmer que "les gagnants de la compétition économique seront ceux qui offriront le plus de confort au travail et le meilleur équilibre de vie".
(publié le 25 avril 2016)