Chlordécone aux Antilles : de la caractérisation de la contamination alimentaire à l’imprégnation des individus. Résultats de l’étude KANNARI 2013-2014

C. Dereumeaux, J-L. Volatier, L. Guldner, A. Saoudi, M. Pecheux, G. Rivière, C. Fillol Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2020, n°18-19, pp. 370-378. Références

"La chlordécone est un pesticide organochloré utilisé entre 1973 et 1993 en Martinique et en Guadeloupe comme insecticide dans la culture de la banane....Son usage a entrainé une pollution persistante des sols, des eaux de rivières, des sédiments et une contamination de la chaîne alimentaire qui maintiennent un risque d’exposition de la population, notamment via l’alimentation".
Considérée comme neurotoxique, reprotoxique, perturbateur endocrinien et probablement cancérogène, la chlordécone est le sujet de préoccupations locales et nationales importantes.
Deux enquêtes et quatre études épidémiologiques ont déjà fourni des informations sur l’imprégnation de certains sous-groupes de population en Guadeloupe et des recommandations ont été formulées pour que cette imprégnation soit également étudiée en population générale antillaise.

C’est ainsi que l’étude Kannari a été réalisée entre 2013 et 2014, afin d’émettre des recommandations de consommation alimentaire et d’améliorer les actions de prévention existantes.
1725 adultes de 16 ans et plus (849 en Guadeloupe et 876 en Martinique) et 483 enfants de 3 à 15 ans (257 en Guadeloupe et 226 en Martinique) ont participé au volet "exposition" de l’étude. Parmi eux, 742 participants de 18 ans et plus ont été inclus au volet "imprégnation" de l’étude (292 en Guadeloupe et 450 en Martinique).
Les résultats confirment une exposition persistante et généralisée à la chlordécone au sein de la population antillaise, en dépit de l’arrêt de son utilisation au début des années 1990, mais avec une très grande variabilité en fonction des aliments et du lieu d’approvisionnement.
Les risques d’exposition élevée sont associés à la consommation de poissons frais, d’oeufs et de volailles, en particulier ceux issus de circuits informels (autoproduction, dons, bords de route) et à la contamination résiduelle des milieux de vie (lieu de résidence en zones contaminées, autoconsommation de volailles ou d’œufs en zones contaminées). Ces tendances sont similaires en Martinique et en Guadeloupe.
Par contre,les légumes racines et tubercules, notamment ceux produits dans les jardins familiaux en zones contaminées ne sont plus des sources majeures d’exposition. Ce qui témoigne des bons résultats, secondaires aux premières mesures de gestion, d’éducation et de promotion de la santé.
Des travaux complémentaires sont indispensables pour suivre l’évolution de ces expositions et estimer l’efficacité des mesures de réduction des expositions.

(publié le 23 novembre 2020)