Acide gamma-hydroxy-butyrique (GHB) : plus qu’un agent de soumission chimique, une véritable source d’addiction

L. Karila, J. Novarin, B. Megarbane, O. Cottencin, S. Dailly, W. Lowenstein, M. Reynaud La Presse Médicale, 2009, vol. 38, n°10, p.1526-1535. Bibliographie.
Utilisé initialement comme agent anesthésique, le GHB devient l’objet d’un usage détourné dans les années 80 dans le milieu de la musculation quand les stéroïdes anabolisants ont été interdits de vente au public aux Etats-Unis. L’usage festif et aphrodiasiaque du GHB s’est développé dans les années 90 surtout dans le milieu homosexuel. Il fait l’objet d’une surveillance particulière depuis 2000 en raison de ses risques sanitaires non négligeables. Le GHB a différentes dénominations : G, ectasy liquide, liquide X, drogue du viol, " viagra féminin", "natural sleep 500", "cherry meth"...... Il est généralement consommé par voie orale, mélangé à une boisson sucrée bue progressivement. Il n’est plus disponible légalement à la vente et devient très difficile à trouver sur Internet en raison de son interdiction internationale. Entrent alors en scène ses précurseurs : le gamma-butyrolactone (GBL) et le 1,4-butane-diol. Le GBL est vendu dans des commerces spécialisés comme dissolvant de peinture, produit décapant ou pour pneumatiques. Ajouté à une solution alcaline d’hydroxyde de sodium, il devient du GBH. Les premières consommations se font vers l’âge de 20 ans chez des sujets déjà utilisateurs d’autres drogues et usant simultanément de cannabis, d’alcool ou de psychostimulants. Les consommateurs sont plutôt des hommes ayant entre 27 et 31 ans et un niveau d’études élevé ; la consommation est hebdomadaire au cours de fêtes ou d’évènements sociaux. Les effets apparaissent 15 minutes après l’ingestion et disparaissent en 3 à 4 heures. Ce GBH procure un effet euphorisant, énergisant et psychostimulant. Il favorise la sociabilisation par la désinhibition et la stimulation du désir sexuel et augmente de ce fait, le risque de maladies sexuellement transmissibles. Les effets secondaires sont des nausées, des vomissements, une sensation ébrieuse, des troubles du cours de la pensée, des difficultés d’élocution, une incapacité à prendre des décisions et une hyperthermie. Les overdoses sont relativement fréquentes et se manifestent par une altération progressive voire brutale du tonus musculaire et du niveau de conscience. La somnolence induite peut progresser jusqu’au coma profond non réactif. Le GHB est indétectable dans le plasma 6 heures après son administration et dans les urines 12 heures après. Il a un fort potentiel addictif et les sujets dépendants décrivent des hallucinations visuelles ou auditives, une perte de contrôle et des mouvements involontaires. Le traitement des sujets dépendants combine approche médicamenteuse symptomatique et thérapeutique comportementale dans le cadre d’une prise en charge globale. Le syndrome de sevrage est identique à celui observé avec les benzodiazépines ou l’alcool. Il évolue généralement sans complication sérieuse et peut être pris en charge en ambulatoire. L’usage chronique du GHB expose à des troubles psychiatriques parfois sévères. Le décès lié au GHB ou à ses précurseurs survient en général suite à un arrêt cardiorespiratoire, une pneumopathie d’inhalation, un œdème pulmonaire, ou indirectement par des blessures ou traumatismes consécutifs à la chute liée à la perte brutale de la motricité. Les mesures de prévention consistent essentiellement à informer les usagers potentiels des risques et des conséquences sanitaires et sociales de l’usage de cette drogue.
(publié le 26 janvier 2010)