Addiction à la cocaïne : données actuelles pour le clinicien

L. Karila, R. Zarmdini, A. Petit, G. Lafaye, W. Lowenstein, M.Reynaud La Presse Médicale, 2014, vol.43, n°1, pp.6-17. Références
L’usage de la cocaïne a augmenté en Europe depuis 1990, notamment en France et particulièrement chez les hommes. Un million et demi de Français ont déjà expérimenté la cocaïne et la tranche d’âge la plus touchée est celle des 26-34 ans.
Cette drogue psychostimulante est associée à certains milieux et à certains styles de vie (milieu festif, discothèques, rave ou free parties).
La cocaïne se présente sous différentes formes, soit poudre hydrosoluble pouvant être injectée, soit cristaux de cocaïne base (crack ou freebase) se fumant ou s’inhalant après chauffage.
5% des consommateurs peuvent devenir dépendants au cours de la première année de consommation et 20 % des consommateurs développeront une dépendance à long terme.
"La cocaïne produit un bref rush de plaisir et une constellation d’effets stimulants ressemblant à un tableau clinique d’allure maniaque".
Le syndrome de sevrage se caractérise par un tableau d’allure dépressive, géré par de l’alcool, du cannabis, des opiacés ou des médicaments psychotropes.
Le craving qui est le besoin irrésistible ou irrépressible de consommer une substance psychoactive est "influencé par des stimuli environnementaux développés à partir des principes d’apprentissage opérant et conditionné". Le craving qui diminue à la faveur de la consommation, augmente à nouveau peu après la dernière consommation compulsive et peut durer plusieurs jours chez les patients dépendants dans les premiers semaines d’abstinence. Deux outils validés en langue française existent pour évaluer ce craving : le Cocaïne craving questionnaire (CCQ-Brief) et l’Obsessive Compulsive Cocaïne Scale.
L’addiction se traduit au niveau cérébral par des anomalies au niveau préfrontal, une réduction de la densité de la matière grise, des anomalies des fonctions neurocognitives.
Cette addiction entraîne des complications somatiques : cardiovasculaires, infectieuses en lien avec des comportements à risques, respiratoires, ORL lors d’usage chronique par voie nasale, dermatologiques, gynécologiques et obstétricales.
Les complications psychiatriques sont nombreuses : troubles cognitifs, altération de la concentration, de l’abstraction, de la résolution de problèmes, de la construction visuospatiale, de la mémoire.
Il n’existe pas de traitement autorisé sur le marché pour l’addiction à la cocaïne ; des agents pharmacologiques sont en cours d’évaluation : agents glutamatergiques ou agents dopaminergiques, baclofène à des doses supérieures à 60 mg/jour, varénicline, etc.
Un vaccin curatif est à l’étude avec des premiers résultats encourageants.
Les psychothérapies sont capitales dans la prise en charge des sujets dépendants : entretiens motivationnels (en début de prise en charge pendant la phase de sevrage), thérapie cognitive et comportementale (dans la phase de prévention de la rechute), thérapies psychodynamiques.
Une prise en charge psychosociale est de surcroît indispensable (support socio-éducatif, activités sportives ...).
(publié le 18 février 2014)