Addictions

Dossier coordonné par D. Touzeau La Presse Médicale, 2012, vol.41, n°12, pp. 1189-1289
Ce très important dossier passe en revue les conduites d’excès qui aboutissent à la dépendance, qu’il s’agisse de consommations de substances psychoactives, ou de comportements à risques d’abus tels que achats, jeu pathologique, utilisation d’Internet, addiction sexuelle, addiction au sport, au travail.
On a longtemps attribué ces attitudes "au vice" ; mais une nouvelle approche se dessine, s’intéressant aux déterminants génétiques, neurobiologiques, psychologiques, somatiques et sociaux, au traitement des préventions de ces conduites, dans un cadre devenu transversal et les offres de soins prennent en compte dorénavant les comportements en amont.
De nombreuses caractéristiques communes peuvent être soulignées entre les addictions comportementales et les addictions aux substances. Leur émergence et leur devenir au cours de la vie est comparable. Les périodes de vulnérabilité sont l’adolescence ou le début de l’âge adulte et la vieillesse (sujets de plus de 65 ans).
Un partenariat actif avec les patients facilite la prévention des rechutes, sans céder à la tentation de l’exclusion arbitraire.
Sont ainsi explicitées les dépendances à l’héroïne, à la cocaïne, aux psychostimulants, aux opiacés chez les patients souffrant de douleurs chroniques, au cannabis, à l’alcool, mais également l’usage de drogues chez les futures mères. et les addictions comportementales.
Le traitement suppose une prise en charge pharmacologique individualisée et une prise en charge psychosociale. "Toutes les drogues ont comme point commun une augmentation de la dopamine dans le noyau accumbens qui contribue à induire la dépendance. Les équilibres de nombreux systèmes de neurotransmission (glutamate, sérotonine, neuropeptides...) sont perturbés lors d’une utilisation chronique de drogue et participent aux rechutes. Deux types de stratégies thérapeutiques émergent : des stratégies agonistes consistant à substituer la drogue par un médicament ayant la même cible et des stratégies utilisant des molécules agissant sur divers systèmes de neurotransmission".
Il faut aussi penser à associer le chirurgien-dentiste aux équipes de prise en charge, car la santé bucco-dentaire des usagers de substances psychoactives est mise à mal : manque d’hygiène buccale, hypersialie, apport glucidique important, baisse de l’immunité générale, carences nutritionnelles, tabagisme).
Le nombre de cigarettes fumées par jour a diminué en France entre 2005 et 2012 mais le comportement tabagique de la population a évolué et l’exposition active des individus à la fumée des cigarettes et donc à la toxicité n’a pas changé, voire a augmenté. Plus que jamais l’aide au sevrage tabagique doit être proposée.
Il convient également de s’interroger sur l’environnement qui façonne les usages de substances psychoactives : environnement social, milieu carcéral mais aussi milieu professionnel où les consommations peuvent être considérées comme des moyens de dopage pour se sentir plus performant mais aussi pour tenter de "supporter le stress et les modifications des conditions de travail dans un contexte d’individualisation et d’une perte des repères liées au nouveau mode d’organisation du travail".
(publié le 11 mars 2013)