Addictions et conduites dopantes
Hors tabac

L. karila, R. Zarmdini, G. Lafaye, M. Reynaud La Revue du Praticien, 2012, vol.62, n°7, pp. 1001-1011

L’alcool est un produit largement consommé.
Une consommation modérée : jamais plus de 4 verres par occasion pour l’usage ponctuel, pas plus de 21 verres par semaine pour l’usage régulier chez l’homme (3 verres/jour en moyenne), pas plus de 14 verres par semaine pour l’usage régulier chez la femme (2 verres/jour en moyenne) ne pose pas de problème dès lors qu’elle existe en dehors de toute situation à risque (conduite de véhicule, travail sur machine dangereuse, poste de sécurité, association à d’autres substances) ou de risque individuel particulier.
La dépendance à l’alcool se manifeste par des symptômes psychiques, comportementaux et physiologiques (syndrome de sevrage, voire delirium tremens)
Le diagnostic d’alcoolodépendance repose sur ces données mais également sur les éléments apportés par un entretien.
Une fois le diagnostic posé, il convient de recommander un sevrage thérapeutique qui peut se conduire en ambulatoire.
Le traitement pharmacologique ne s’adresse qu’aux patients présentant des symptômes de sevrage (benzodiazépines). La psychothérapie de soutien est essentielle de même que les entretiens motivationnels. Le suivi du patient alcoolodépendant doit s’envisager dans la durée.

Le cannabis est le produit illicite le plus consommé en France.
Le syndrome de sevrage concerne environ la moitié des patients dépendants. Le sevrage sera réalisé en ambulatoire autant que possible. L’anxiété sera combattue par un anxiolytique type hydroxyzine, voire un neuroleptique sédatif. Il est indispensable d’associer des entretiens motivationnels et une psychothérapie d’inspiration analytique. Le suivi se fera au long cours.

La cocaïne est la deuxième drogue illicite la plus consommée en Europe après le cannabis.
La dépendance à cette drogue est une maladie cérébrale multifactorielle d’installation progressive.
Les complications de son usage sont somatiques et psychiatriques
La prise en charge suppose une approche pharmacologique (bien qu’aucun traitement ne soit actuellement validé) et une approche psychothérapeutique (entretiens motivationnels, thérapie cognitive et comportementale).

L’expérimentation d’ecstasy concerne 1,9% des jeunes d e 17 ans et 2,7% des 18 à 64 ans.
Le surdosage se caractérise par une hyperthermie, une hypertension artérielle, une asthénie, des crises d’angoisse, une perte de connaissance et des convulsions. Le pronostic vital est engagé en cas d’hyperthermie maligne, de coagulation intravasculaire disséminée ou d’hépatite fulminante.
La prévention passe par l’éducation des consommateurs potentiels. Il n’existe pas de traitement pharmacologique spécifique. L’approche préconisée repose sur la combinaison de traitements symptomatiques et de thérapies comportementales.

Les drogues de synthèse sont disponibles à la vente sur Internet.
Les cannabinoïdes de synthèse entraînent des effets psychoactifs similaires à ceux du cannabis. Le potentiel addictif de ces substances n’est pas négligeable.
Les cathinones synthétiques ont des propriétés amphetamine-like. Les complications ressemblent à celles des amphétamines et de la cocaïne.
La méthamphétamine très consommée en Amérique du Nord et en Extrême-Orient a une structure chimique proche de celle de l’amphétamine mais ses effets sur le système nerveux central sont différents. Elle est source de complications somatiques, infectieuses, neurocognitives ou psychiatriques. Il n’existe pas de traitement de substitution. La prise en charge combine approches pharmacologique et psychothérapeutique.

Les opiacés sont représentés par l’héroïne, les antalgiques de palier III, les médicaments de substitution et les médicaments antitussifs contenant de la codéine ou de la codéthyline.
Les complications sont infectieuses, cardiovasculaires, gynécologiques, obstétricales, psychiatriques.
Le sevrage thérapeutique peut se dérouler en ambulatoire : traitement symptomatique des manifestations de sevrage associé à des traitements de substitution (méthadone, buprénorphine haut dosage, association de buprénorphine et de naloxone) qui peuvent faire eux-mêmes l’objet d’un mésusage.

En ce qui concerne les benzodiazépines, la France détient le record de prescription de ces molécules, et 2% de la population générale y est dépendante. Le sevrage thérapeutique doit comporter une substitution par une benzodiazépine de longue durée d’action (diazépam) avec une diminution progressive en tenant compte des signes de sevrage. Un suivi ambulatoire est nécessaire. Le cadre légal a subi des modifications : suppression du marché de certaines molécules et durée de prescription limitée à 4 semaines pour les hypnotiques et 12 semaines pour les anxiolytiques selon les Références Médicales Opposables (RMO).

Le jeu pathologique concerne plutôt les hommes âgés de 25 à 44 ans. Il s’installe sur plusieurs années ; les principales complications sont la dépression et d’autres addictions à des susbtances.
L’approche médicamenteuse utilise des antidépresseurs de la famille des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (hors AMM) associée à l’approche psychothérapeutique comme l’approche cognitive.

L’activité sportive intensive peut donner lieu à des conduites dopantes (consommation de certains produits pour affronter un obstacle afin d’améliorer ses performances lors d’une compétition sportive, un examen, un entretien d’embauche professionnel ou toute autre situation sociale).
La prise en charge thérapeutique repose sur la combinaison de traitements symptomatiques et psychothérapeutiques.

(publié le 28 décembre 2012)