Addictions : pour une prévention sans accroc

V. Dobigny Face au Risque, 2011, n°470, pp.16-18

15 à 20% des accidents professionnels, de l’absentéisme et des conflits interpersonnels seraient liés à l’usage d’alcool, de psychotropes ou de stupéfiants. Ces chiffres sont en augmentation, comme cela est noté aussi dans la population générale.
10% des salariés sont en fait polyconsommateurs (alcool, tabac, somnifères, caféine..). La prise de substances illicites n’est pas toujours en lien direct avec la sphère professionnelle, mais toutefois, elle a des répercussions sur le milieu du travail.
Si l’employeur a obligation de prendre soin de la santé de ses salariés, il n’est pas toujours facile d’identifier une personne sous dépendance (confusion possible avec maladie, difficultés personnelles).
Il est donc primordial d’agir en amont dans le cadre d’une démarche collective de prévention associant direction générale, ressources humaines, représentants du personnel, CHSCT, préventeurs, médecin du travail.
Parallèlement les encadrants et les chefs d’équipe doivent pouvoir repérer les changements de comportements suspects (nervosité, difficulté d’élocution, tremblements, etc.).
Le médecin du travail est bien souvent informé trop tard alors que la dépendance existe depuis plusieurs années.
Il est primordial de respecter trois étapes :

  • la prévention primaire avec la mise en place d’actions d’information et de prévention auprès de l’ensemble du personnel,
  • la prévention secondaire lorsque les premiers signes de l’abus apparaissent au travers de changements de comportement et
  • la prévention tertiaire lorsque se pose la question du maintien dans l’emploi.

Le dépistage n’est envisageable que sous certaines conditions strictes pour les salariés occupant des postes de sûreté-sécurité, assurant la conduite d’engins et de véhicules ou la maintenance de dispositifs de sécurité.
La Société française de médecine du travail (SFMT) et la Société française d’addictologie (SFA) vont publier en 2011 des recommandations sur les addictions au travail afin de donner une base référentielle et des repères communs aux médecins et aux intervenants au travail.
La prévention doit primer, et la sanction ne doit pas être utilisée comme un moyen de prévention.

(publié le 2 mai 2011)