Alcool et drogues au travail

Prevent Focus, 2013, n°4, pp. 4-11

Une étude européenne (reposant sur les rapports nationaux de 27 États membres de l’Union européenne et de la Norvège) indique que 5 à 20% des travailleurs sont alcooliques ou risquent de le devenir. Les chiffres du cannabis ne sont pas plus rassurants : en 2009, 6,7% de tous les Européens âgés de 15 à 64 ans ont consommé du cannabis ; 1,2% a pris de la cocaïne et 1,1% des amphétamines. 25% des travailleurs français signalaient en 2006 que la consommation de cannabis au travail était une préoccupation croissante.
La distribution n’est pas homogène et les consommations varient selon les secteurs, les catégories professionnelles et les substances choisies. Ainsi la cocaïne est plus répandue dans l’ICT (technologies de l’information et de la communication) et les finances tandis que les ouvriers préfèrent l’alcool bien que ceux qui ont fait de longues études (médecins, managers) ne soient pas épargnés par l’alcool.
Les facteurs favorisants de ces comportements sont les conditions de travail pesantes, les pratiques de travail irrégulières, une piètre estime de soi, un manque de soutien social, un stress psychologique, des facteurs sociaux ou personnels.
Les conséquences des abus d’alcool ou de drogues sont médicales (maladies cardiovasculaires, cancers, troubles mentaux), professionnelles (manque de concentration, somnolence, augmentation du risque d’accident, absentéisme de courte et longue durée).
Si la plupart des pays européens disposent d’une législation interdisant ou réglementant la consommation d’alcool et de drogues au travail, il existe de grandes divergences. Des tests de dépistage à l’alcool ou aux drogues peuvent être utilisés dans le cadre du travail mais dans des condition très précises.
La prévention est essentielle (beaucoup plus efficace que le contrôle ou la sanction) et doit faire partie des stratégies générales en matière de sécurité et de santé et travail avec la collaboration des partenaires sociaux.

La convention collective en Belgique oblige les entreprises à élaborer une politique en matière d’alcool et de drogues ; elles sont loin d’avoir toutes formalisé leur politique en la matière.
ll est rapporté dans cet article, l’expérience d’un grand groupe qui a rédigé une déclaration de politique en matière de consommation d’alcool et de drogues au travail. Une règle générale a d’abord été établie qui interdit totalement la consommation d’alcool et de drogues pendant les heures de travail. Des campagnes de sensibilisation ont été développées dans l’entreprise visant à une détection précoce d’éventuels abus. Une procédure a été mise en place en cas de problème d’alcool ou de drogue dans l’entreprise afin d’aider et d’encadrer les gens de façon constructive. Une formation spéciale a été prévue pour la ligne hiérarchique.
Pour être efficace, un projet doit être largement supporté par l’entreprise mais développé en concertation avec les salariés.

(publié le 29 août 2013)