Cannabis

Dossier coordonné par S. Coscas La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2013, vol.63, n°10, pp.1419-1440. Références

Après avoir presque doublé au cours des années 1990, l’usage actuel de cannabis (en avoir consommé au moins une fois au cours de l’année) s’est stabilisé depuis 2000 et concerne en 2010, 3,8 millions de personnes. L’expérimentation (en avoir consommé au moins une fois dans sa vie) continue d’augmenter et concerne en 2010, 13,4 millions d’individus.
Les plus gros consommateurs sont les hommes, les publics les plus fragiles socialement (depuis 2005) et certains secteurs d’activité tels que les métiers de la construction, la restauration, l’information et la communication, et les arts et spectacles.
La précocité de l’entrée dans l’usage de cannabis est un signe précurseur du maintien dans la consommation. En 2011, 42% des adolescents de 17 ans ont déjà fumé du cannabis au moins une fois. Les jeunes des milieux favorisés expérimentent plus volontiers que ceux de milieu modeste mais disposent de plus grandes ressources socioculturelles pour maîtriser et réguler leur consommation.
5 à 10% des expérimentateurs deviendront dépendants au cannabis. Ramené à l’ensemble de la population, 1,7% des 15-64 ans auraient un risque élevé d’usage problématique (2,7% des hommes et 0,8% des femmes).
L’usage du cannabis est prédictif d’un usage chronique du tabac, mais de nombreux facteurs de risque (psychologiques, environnementaux, génétiques) entrent en jeu dans l’installation des processus de consommation et des processus addictifs.
La consommation aiguë de cannabis agit comme un anxiolytique à court terme. Il entraîne principalement des signes cliniques d’ivresse pendant environ 3h et une somnolence. Les accidents cardiovasculaires sont rares mais potentiellement graves chez les sujets jeunes. Paradoxalement, le cannabis induit (souvent lors des premières consommations) une attaque de panique de survenue brutale en quelques minutes et durant quelques heures. Un syndrome de dépersonnalisation survient plus occasionnellement durant plusieurs semaines avec un retentissement cognitif (troubles de la concentration, de la mémoire et des processus d’apprentissage). La conduite de véhicules sous emprise cannabique est accidentogène (allongement du temps de réaction , troubles de la coordination motrice).
L’usage régulier de cannabis induit des complications cardiovasculaires, bronchopulmonaires, oro-digestives, métaboliques, cutanéo-muqueuses, gynéco-obstétricales et des troubles de la fonction sexuelle.
Chez la femme enceinte, le risque est celui d’une hypoxie toxique pour le fœtus mais le cannabis n’est pas tératogène. L’exposition in utero aurait un impact sur le développement de l’enfant et affecterait pour l’avenir, les fonctions cognitives, le sommeil, le comportement.
Les consommateurs réguliers de cannabis présentent des déficits cognitifs importants (une étude néo-zélandaise portant sur plus de 1000 sujets suivis entre les âges de 13 à 38 ans a montré une baisse de 8 points en moyenne du quotient intellectuel chez les consommateurs dépendants et ayant consommé du cannabis avant 18 ans). Ces anomalies sont indépendantes du niveau d’éducation. L’arrêt de la consommation n’est suivi que d’une récupération partielle des fonctions cognitives après un an d’abstinence.
Le cannabis est un facteur d’aggravation de toutes les pathologies psychiatriques. Le risque de dépression en lien avec la consommation de cannabis est modeste mais augmenté en cas d’initiation précoce. Le lien avec la psychose est étroit, ce qui incite à une prévention accrue chez les populations vulnérables. Le cannabis aurait une influence sur l’évolution d’un trouble bipolaire et serait de mauvais pronostic ; de même, la présence d’un trouble bipolaire est un facteur prédisposant à un usage problématique de cannabis.

Repérer et évaluer précocément l’usage problématique de cannabis est primordial dès l’adolescence mais l’essentiel des informations ne peut être obtenu que par le dialogue et l’échange. Il est important de caractériser le type de consommation, de repérer les signes cliniques et les complications d’un usage problématique, les facteurs de gravité. Des outils spécifiques existent, permettant un repérage rapide et non stigmatisant de l’usage problématique du cannabis.
Il faut ensuite inciter le sujet à prendre conscience des risques et dommages liés à cette consommation. Il faut privilégier l’approche motivationnelle et l’approche familiale mais développer aussi des prises en charge plus standardisées et favoriser l’accès aux soins.
La prise en charge des patients dépendants est longue et le sevrage est rarement obtenu d’emblée. Elle associera le traitement des comorbidités psychiatriques.

(publié le 18 février 2014)