Conduites addictives et travail

E. DURAND, C. GAYET, L. LABORDE, C. VAN DE WEERDT, E. FARGES Documents pour le médecin du travail, 2008, N°115, pages 339-362. Bibliographie

Les conduites addictives sont souvent en lien avec des produits tels que l’alcool, les amphétamines et produis dérivés, la caféine, le cannabis, les hallucinogènes, la nicotine, les opiacés, la phencyclidine (PCP), les sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques et les solvants volatils ; mais il existe d’autres addictions sans produit, celles que l’on nomme les dépendances comportementales : dépendance au travail, technodépendance, dépendance affective. L’article développe particulièrement ces dernières dépendances.

Le « workaholisme » ou la dépendance au travail concerne de plus en plus de personnes. Le « workaholique » ne pense qu’au travail et le considère comme le centre de son univers. Il lui sacrifie tout : sommeil, nourriture, exercice physique, famille, amis et loisirs. « Son obsession est telle que sa santé physique et mentale en est affectée. Il cache souvent une difficulté relationnelle avec l’entourage et avec lui-même ».

Il a peur de l’inactivité qui le met face à ses émotions et à ses angoisses. Il est en recherche de défis permanents. Les facteurs favorisants de cette dépendance sont les différentes pressions provenant de l’environnement : un contexte organisationnel d’efficacité à tout prix (culture de l’excellence), des objectifs fixés trop élevés ou des contextes de précarité professionnelle. Ces dépendants sont souvent admirés et respectés par leurs collègues et leurs supérieurs ; pourtant, cet excès de travail peut avoir des conséquences graves et peut à l’extrême conduire à la mort par excès de travail (ou karoshi).

Le technodépendant présente une addiction aux NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). C’est ainsi que de plus en plus de personnes ont du mal à se déconnecter de leurs téléphones portables ou périphériques numériques et se relèvent plusieurs fois la nuit pour lire textos ou e-mails. Une étude anglaise conclut que près du tiers des personnes utilisant des périphériques portables sont technodépendantes. En ce qui concerne Internet, le nombre de cyberdépendants est aussi en augmentation et les spécialistes français estiment que 1% des internautes réguliers sont plus ou moins atteints de cyberdépendance, ce qui correspond à 150 000 personnes. Celles qui ont le sentiment d’être dépendantes sont essentiellement des hommes ayant entre 15 et 30 ans.

La dépendance affective se manifeste par un comportement obsessionnel ou compulsif et peut entraîner des agissements de type harcèlement au travail. Le dépendant affectif peut être à la fois acteur (il est en demande permanente vis-à-vis de l’autre) ou victime de harcèlement (il peut être en position de soumission excessive et incite à des agissements de harcèlement).

Les entreprises sont de plus en plus concernées par les addictions et les problèmes posés par des consommations occasionnelles ou répétées de substances psychoactives sont préoccupants en termes de santé et de sécurité des salariés. A ce jour, aucune étude n’aborde la question des dépendances sans produit en milieu de travail. Si la lutte contre la toxicomanie et le tabagisme relèvent de prescriptions règlementaires, à ce jour aucun texte n’aborde les addictions sans produit. L’employeur a une obligation de sécurité et peut de ce fait user de son pouvoir disciplinaire. Le médecin du travail a un rôle important à jouer mais dans le strict respect du secret médical. Il pourra recourir à des moyens de contrôle et de dépistage après information du salarié. En certaines circonstances, il peut conclure à une inaptitude temporaire. La stratégie à mettre en place passe par l’élaboration d’une démarche collective associée à la prise en charge individuelle. « Il faut notamment aboutir à un protocole accepté par tous dans l’entreprise précisant, quand survient une situation où il y a danger, les modes d’intervention, les moyens à mettre en œuvre, les limites et les rôles de chacun sur les point suivants : dépistage, suivi, prise en charge, retrait ou maintien au poste... ».

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(publié le 21 janvier 2009)