Dépendance à la méthamphétamine :
de nombreuses conséquences et complications

L. Karila, A. Petit, O. Cottencin, M. Reynaud La Presse Médicale, 2010, vol.39, n°12, pp.1246-1253. Bibliographie
La méthamphétamine est actuellement la drogue illicite la plus consommée, après le cannabis, en Amérique du Nord, dans l’Est et le Sud-Est de l’Asie, en Océanie, en République Tchèque et en Slovaquie.
Utilisée pendant la seconde guerre mondiale pour stimuler la concentration des soldats et activer leurs performances, elle subit des restrictions de prescription et de vente dans les années 1950, mais à partir des années 1960, elle rentre dans les circuits illicites de production et de distribution.
La méthamphétamine est une puissante drogue psychostimulante. Elle se présente soit sous forme solide, cristalline (parfois dénommée crystal) simulant la glace (ice) ou le verre pilé, soit sous forme de poudre blanchâtre et granuleuse. Elle peut être fumée, consommée par voie intranasale, ingérée ou injectée par voie intraveineuse. La demi-vie varie de 9 à 12 heures, quelle que soit la voie d’administration. Elle est détectée pendant 60 à 87 heures dans les urines après la dernière consommation, pendant 24 heures dans la salive et pendant 24 à 48 heures dans le sang.
Les principales manifestations cliniques aiguës de la méthamphétamine sont semblables à celles de la cocaïne.
Le syndrome de sevrage est d’intensité variable, fonction de la durée et de la quantité de méthamphétamine consommée.
L’usage chronique est responsable de complications cardiovasculaires (hypertension artérielle, troubles du rythme, cardiomyopathies, valvulopathies, syndrome coronaire aigu, dissections aortiques, insuffisance ventriculaire gauche, artérites, mort subite mais aussi accident vasculaire cérébral, hémorragie intracérébrale, hémorragie sous arachnoïdienne, chez le sujet jeune), pulmonaires (hypertension artérielle pulmonaire idiopathique, œdème aigu pulmonaire, pneumopathie, pneumothorax), infectieuses, cutanées, dentaires, métaboliques, rénales, neurologiques et ophtalmologiques.
S’y ajoutent des altérations neurocognitives (dans 40% des cas d’usage prolongé) touchant les fonctions exécutives, l’apprentissage, la mémoire épisodique, la vitesse de traitement des informations, la mémoire de travail, l’attention soutenue et les performances motrices), des troubles psychotiques (hallucinations auditives, visuelles et tactiles, persécution, illusions, discours bizarre .....), des troubles psychiatriques variés, des comportements sexuels à haut risque.
Les décès sont imputables à des œdèmes pulmonaires aigus,des hémorragies cérébrales, une fibrillation ventriculaire, une hyperthermie maligne, des injections septiques, des asphyxies liées aux vomissements, des accidents de la route, des homicides et des suicides.
"Il est important d’envisager une prise en charge pluridisciplinaire sur un modèle biopsychosocial. Un suivi addictologique doit être amorcé au décours du problème aigu, qu’il soit somatique ou psychiatrique". Aucun traitement pharmacologique n’existe actuellement pour ce trouble addictif mais des pistes thérapeutiques très prometteuses existent. Les psychothérapies constituent une aide essentielle.
(publié le 8 février 2011)