L’addiction est-elle typiquement masculine ?

C. Demarti Le Généraliste, 2012, n°2645, pp. 13-14
Les hommes restent toujours de plus grands consommateurs que les femmes en ce qui concerne l’alcool ou les drogues. Ils sont aussi plus concernés par les addictions sans drogue (Internet et jeux vidéo, jeux d’argent, addiction au travail). A l’inverse, la consommation de médicaments psychotropes et les troubles du comportement alimentaire restent des problématiques très féminines.
Les facteurs sociaux sont indiscutablement les déterminants majeurs de cette consommation abusive car socialement un homme se doit d’être viril et fort, ce qui le pousse à adopter des comportements à risque (tabagisme, toxicomanie, sports extrêmes ou violence). Mais tous les hommes ne se retrouvent pas dans ce schéma !
Cette vision très sexuée de l’addiction a tendance à s’atténuer et les jeunes filles ont tendance à se comporter comme leurs camarades masculins : ivresse, binge drinking, etc.., en entrant "dans une spirale de la performance, de la compétitivité généralisée".
Les événements de vie jouent un rôle majeur dans l’entrée dans la dépendance. Sont déterminants : des antécédents d’addiction chez les parents, une jeunesse dans une famille séparée ou divorcée, des violences corporelles ou des abus sexuels dans l’enfance, contrairement aux différences physiologiques ou génétiques entre hommes et femmes qui ont peu d’influence.
Si les hommes ressentent plus fortement que les femmes les effets euphorisants de la cocaïne, les femmes sont plus vulnérables aux effets des drogues (plus de cirrhoses induites par l’alcool, plus d’infections VIH, plus d’hépatites et plus de prostitution avec l’héroïne).
En ce qui concerne la prise en charge des addictions, les hommes sont plus enclins à se rendre dans des centres de soins spécialisés (ces centres accueillent 75% d’hommes), mais peu de structures sont spécifiquement adaptées aux femmes qui privilégient plus souvent les cabinets de médecine de ville. Par rapport aux femmes, les hommes tardent plus à la prise en charge et sont plus difficiles à motiver pour reprendre un traitement après une rechute.
(publié le 29 août 2013)