L’aide au sevrage tabagique dans les officines françaises

A. Dansou, C. Pousséo, V. Kanuit, A. Leloup, M. Aubry, A. Le Louarn Santé Publique, 2015, vol.27, n°2, pp.167-176. Bibliographie
Les pharmaciens d’officine ont la possibilité de recevoir les fumeurs qui viennent spontanément acheter des TSN (traitements de substituts nicotiniques) pour arrêter de fumer et les orienter si besoin vers une prise en charge médicale afin d’optimiser leurs chances de succès.
Une étude visant à évaluer la pratique professionnelle de ces dits pharmaciens concernant la prise en charge des fumeurs a été menée. 220 pharmacies ont été contactées et le taux de participation a été de 60,4% (133 officines).
Il a été constaté que la prise en charge s’effectuait à 95% au comptoir et sans prise de rendez-vous préalable ; le temps consacré était en moyenne de 5 à 10 minutes. Le conseil minimal était connu par 86% des pharmaciens. 54,1% utilisaient le test de Fagerström (60,2% des pharmaciens formés en tabacologie versus 42,2% pour les non formés). 82,7% des pharmaciens conseillaient les substituts nicotiniques dans 85,7% des cas. Venaient ensuite les formes orales, les gommes puis les pastilles et les comprimés sublinguaux. Il est effectivement reconnu que les patchs sont plus efficaces à 6 mois que les formes orales, le bupropion (l’association patch et formes orales étant la plus efficace).
24,8% n’en délivraient pas aux coronariens ; or depuis 2003, il est établi que la substitution nicotinique dans cette population n’est pas risquée, et c’est même un enjeu essentiel puisque l’arrêt du tabac est rentable tant au plan clinique qu’au plan coût-efficacité.
50% des pharmaciens ne les délivraient pas aux femmes enceintes. Or il est conseillé de les proposer dans la mesure où le monoxyde de carbone induit par la fumée de cigarette est nocif pour le fœtus (mais le patch ne sera pas porté plus de 16 h consécutives).
65,4% des pharmaciens refusaient de délivrer les substituts nicotiniques aux femmes allaitantes. Or depuis 2004, l’allaitement maternel est promu, que la mère soit fumeuse ou non (bien que la nicotine et ses dérivés passent dans le lait maternel), mais il est préférable de conseiller les formes orales plutôt que les patchs qui diffusent la nicotine en continu.
Les pharmaciens reçoivent très peu de demandes d’adolescents fumeurs.
Cette enquête montre que certains points relatifs à la prise en charge mériteraient d’être améliorés, mais 90% des pharmaciens sont désireux de se former en tabacologie.
Cette enquête concernait la pratique des pharmaciens et non pas celle de l’équipe officinale dans sa globalité (ce qui pourrait induire des divergences). Mais cette pratique doit être encouragée dans la mesure où une enquête récente montre que les conseils prodigués par le pharmacien conduisent à un arrêt dans 11,5% des cas, soit à peu près le même pourcentage que lorsque les conseils sont donnés par un médecin.
(publié le 30 juillet 2015)