Le tabagisme en France : analyse de l’enquête Baromètre santé 2010

R. Guignard, F. Beck, J-B. Richard, P. Peretti-Watel Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, INPES, Saint-Denis, France, coll. Baromètres santé, 2013, 56 pages
Ce document présente une analyse approfondie et comparative des données sur le tabagisme issues du Baromètre santé 2010 et fait le point sur l’évolution de la situation en France métropolitaine depuis 2005.
Sur l’ensemble de la population des 15-75 ans, après une baisse significative entre 2000 et 2005, la proportion de fumeurs quotidiens a augmenté entre 2005 et 2010, atteignant 29,1%, notamment chez les femmes âgées de 45 à 64 ans. Le tabagisme occasionnel est resté stable (entre 4 et 5%). La proportion de fumeurs diminue fortement avec l’âge à partir de 30 ans et surtout au-delà de 50 ans.
Les consommateurs réguliers fument en moyenne 13,6 cigarettes /jour (14 en 2000), les hommes plus que les femmes mais 67,8% des consommateurs quotidiens fument dix cigarettes ou plus par jour.
Les femmes enceintes en 2010 sont 24,3% à fumer quotidiennement et 3,2% occasionnellement, mais 35% ont arrêté à la faveur de la grossesse. Cependant au niveau européen, la France est le pays présentant la plus forte prévalence tabagique des femmes enceintes.
19,4% des non-fumeurs sont exposés au tabagisme passif à leur domicile.
17,9% des fumeurs réguliers âgés de 15 à 75 ans présentent des signes de dépendance physiologique forte à la nicotine, les hommes plus que les femmes.
Le tabagisme régulier est associé au sexe, à l’âge, à la catégorie socioprofessionnelle, à de moindres niveaux de diplôme et de revenu mais aussi à la situation de chômage, à un état de détresse psychologique et au fait d’avoir subi des violences quel qu’en soit le type.
L’âge moyen à l’arrêt du tabac parmi les ex-fumeurs réguliers âgés de 15 à 75 ans est de 36,7 en 2010. Mais l’envie d’arrêter de fumer n’est pas associée de manière significative au nombre de cigarettes fumées quotidiennement.
Parmi les fumeurs réguliers, 69,3% ont déjà arrêté de fumer volontairement pendant au moins une semaine. Parmi les ex-fumeurs réguliers qui ont arrêté de fumer depuis moins de cinq ans, la principale raison évoquée était la préservation de la santé, puis l’entourage, le prix du tabac, la grossesse ou une naissance et enfin, la lassitude du tabac.
91,7% des individus de 15 à 75 ans se déclarent bien informés sur le tabac mais un faible niveau d’études ainsi qu’un faible niveau de revenus apparaissent associés à un moindre niveau d’information ressenti.
La moindre adhésion à l’opinion selon laquelle "fumer permet d’être plus à l’aise dans un groupe " pourrait être le signe d’une dé-normalisation du tabac consécutive notamment aux décrets sur le tabagisme passif.
Le fait est que les pauvres fument plus souvent et que les fumeurs pauvres fument davantage alors même qu’ils peuvent moins se le permettre financièrement ; il faudrait concevoir et mettre en œuvre d’autres actions d’incitation à l’arrêt et/ou des actions spécifiques complémentaires pour les fumeurs des milieux les plus défavorisés, d’autant qu’ils ont aussi plus de difficultés à parvenir à arrêter de fumer.
(publié le 27 mars 2014)