Les entreprises peinent à briser le tabou de la drogue

S. Cachinero Liaisons Sociales magazine, 2010, n°115, pp.52-53
Qu’elles soient utilisées comme produits dopants ou comme antidépresseurs, les substances illicites circulent bien dans l’entreprise. Les DRH en sont conscients et estiment à 65% que les problèmes de toxicomanie prennent de l’ampleur dans l’entreprise.
Selon la Miildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), 1,2 million de personnes avouent consommer du cannabis régulièrement dont 550 000 quotidiennement. Les accros à la cocaïne seraient entre 250 000 et 300 000.
Des addictologues alertent le gouvernement depuis plus de 10 ans et un plan du gouvernement contre l’usage des drogues en milieu professionnel devrait voir le jour. L’objectif n’est pas tant de sanctionner que de laisser les personnes touchées par ces addictions en discuter en toute confiance sur leur lieu de travail et leur proposer des protocoles d’aide en lien avec la médecine du travail ; mais les salariés cachent leurs addictions de crainte de perdre leur emploi.
Si, pour certains, les conditions de travail (notamment la culture de la compétition et du zéro défaut) sont responsables des addictions, d’autres pensent que les addictions sont plus anciennes et antérieures à l’arrivée dans le monde du travail.
Beaucoup d’ entreprises refusent de communiquer sur le sujet ou soutiennent n’avoir jamais été confrontées à de telles pratiques. Néanmoins, la RATP envisage, quand les moyens techniques le permettront, de se doter de tests salivaires, afin de dépister de manière fortuite la présence de cannabis. Les syndicats restent très réservés sur ce sujet et s’insurgent d’une éventuelle culpabilisation et stigmatisation des salariés.
(publié le 9 novembre 2010)