Mésusage de l’alcool
Repérer, évaluer, motiver, accompagner

P. Castera, F. Paille La Revue du Praticien- Médecine Générale, 2014, vol.28, n°931, pp. 813-818. Bibliographie
L’alcool est responsable de 49 000 décès par an, constituant la 2e cause de mortalité évitable après le tabac.
La relation de chaque individu avec l’alcool est très personnelle et chacun, selon sa sensibilité, ses modes de consommation, son histoire peut à tout moment franchir un seuil et s’effondrer. Il faut être d’autant plus vigilant en présence de facteurs de vulnérabilité.
Un repérage précoce est indispensable et le dépistage doit être systématique chez tout nouveau patient ou lors de situations contre-indiquant toute prise d’alcool.
Deux questionnaires sont conseillés : l’AUDIT C (3 questions permettant de repérer une consommation excessive et d’évoquer une dépendance) et le FACE (qui explore la perte de la maîtrise de la consommation).
Si le médecin ne peut obtenir des informations fiables ou s’il veut conforter son impression, il peut utiliser trois marqueurs biologiques pour détecter une alcoolisation chronique : la gamma-glutamyl-transférase (GGT), le volume globulaire moyen (VGM) et la transferrine désialylée (CDT).
Les signes précoces liés au mésusage d’alcool sont des plaintes banales non spécifiques mais dont l’association et l’absence de cause évidente doivent éveiller l’attention, un état de santé médiocre moins bon que celui de la population générale, des difficultés sociales, une certaine instabilité relationnelle avec l’entourage professionnel ou conjugal.
Souvent l’examen clinique est pauvre mais peut détecter une hypertension artérielle résistante, une hépatomégalie modérée, une hyperhémie conjonctivale.
Il faut évaluer globalement le trouble : la consommation déclarée d’alcool, les aspects somatiques, neuropsychiatriques, sociaux, les autres conduites addictives, la sévérité des conduites d’alcoolisation mais aussi considérer la motivation et la qualité de vie.
Il faut ensuite définir avec le patient, ses objectifs de consommation et de vie : réduction ou abstinence.
En cas de mésusage modéré, la prise en charge qui vise une diminution de la consommation reposera sur l’intervention brève, voire le conseil bref (quand le temps disponible est réduit), et l’entretien motivationnel.
En cas de troubles sévères, une phase d’abstinence est souvent nécessaire.
Si le patient adhère à cet objectif, le sevrage sera réalisé en ambulatoire, voire lors d’une hospitalisation courte (7 à 10 jours) et comportera éducation thérapeutique, hydratation (2l d’eau par jour) et des benzodiazépines de longue durée d’action (diazépam) à doses rapidement décroissantes.
Un accompagnement psychosocial sera proposé au travers de structures spécialisées, voire de mouvements d’entraide.
En prévention de la rechute, plusieurs médicaments peuvent être proposés : acamprosate (Aotal®), naltrexone, (Revia®), disulfirame (Espéral®) d’efficacité limitée. Deux autres molécules sont disponibles : le nalméfène (Selincro®) et le baclofène. Le sodium oxybate (GHB,Alcover®) est en cours d’évaluation.
Les patients les plus gravement touchés bénéficieront d’un réseau de soins où de multiples intervenants pourront se coordonner via le médecin traitant.
(publié le 19 mars 2015)