Nouvelles drogues de synthèse

L. Karila La Revue du Praticien, 2012, vol.62, n°5, pp.661-672. Bibliographie

Entre 1997 et 2010, plus de 150 nouvelles drogues de synthèse ont été identifiées mais "les fabricants, les trafiquants et les fournisseurs de ces nouvelles substances s’adaptent au marché et mettent tout en œuvre pour contourner les mesures de contrôle et d’interdiction mises en place par les autorités compétentes".
Les produits identifiés sont pour la plupart vendus sur Internet et dans des magasins spécialisés dans la vente de produits psychotropes légaux d’origine végétale et d’accessoires pour consommateurs de cannabis. L’usage se fait le plus souvent dans un contexte de polyconsommation et festif.
Depuis 2005, la majorité des notifications au système d’alerte précoce de l’Union européenne concerne :

  • les phénéthylamines (stimulants entactogènes : favorisant les contacts sociaux et l’empathie) et
  • les tryptamines (substances hallucinogènes).

En 2010, les nouvelles drogues émergentes sont :

  • les cannabinoïdes de synthèse (ne contenant ni tabac, ni cannabis) mais dont les effets psychoactifs lors de leur consommation par voie inhalée sont similaires à ceux du cannabis ; ils ont été identifiés dans des mélanges vendus essentiellement comme encens ou désodorisants d’ambiance. Les mélanges à fumer contiennent de grandes quantités de vitamine E qui masquent l’analyse des cannabinoïdes actifs ;
  • les cathinones synthétiques dont les effets sont similaires à ceux des amphétamines ou de la cocaïne.

Les dangers de ces nouvelles drogues de synthèse tiennent à l’absence de risques légaux, à la facilité d’obtention, au faible coût et au potentiel addictif. Les dosages sanguins ou urinaires de ces nouvelles drogues ne sont pas disponibles facilement en routine clinique.

Il faut compter aussi avec le GHB (gamma-hydroxybutyrate) utilisé en anesthésie et en neurologie, puis victime d’un mésusage dès les années 1980 par les "bodybuilders" (action anabolisante) puis utilisé "comme drogue récréative pour ses effets euphorisants et désinhibiteurs, et enfin comme agent de soumission chimique pour son action rapide désinhibitrice, hypnotique et amnésiante" à l’origine de son surnom "drogue du viol". Depuis 1999, l’usage s’est reporté sur ses précurseurs, facilement accessibles dans le commerce (solvants ou agents nettoyants quasiment purs et bon marché) ; ce qui rend cette problématique toujours d’actualité.
Ces produits se dissolvent dans l’eau et l’alcool et se consomment sous forme de boisson.
Leurs effets ressemblent à ceux de l’ecstasy et la marge entre les doses induisant une ébriété et celles conduisant au coma est faible, avec une variabilité interindividuelle importante.
Le risque de ces produits est lié à la désinhibition qui favorise la conduite à risque et aux consommations associées (alcool et certains traitements comme les antirétroviaux) qui majorent le risque de coma et de dépression respiratoire.
Une consommation quotidienne pendant plusieurs mois à visée anxiolytique de GHB, hypnotique ou anabolisante, expose au développement d’une accoutumance, d’une dépendance psychique et physique et de troubles psychiatriques". Son arrêt brutal induit un syndrome de sevrage similaire à celui de l’alcool ou des benzodiazépines.
Enfin, les poppers (qui contiennent des nitrites d’alkyles aliphatiques) sont consommés par voie intranasale ou per os. La fréquence d’expérimentation est en hausse, les tranches d’âge les plus touchées étant les 20-29 ans et les 30-39 ans recherchant un rush de plaisir ou une euphorie. Ils sont utilisés pour faciliter les rapports sexuels, particulièrement dans le milieu homosexuel masculin. Les effets indésirables sont nombreux pouvant aller jusqu’au coma. Consommés de manière habituelle, les poppers sont responsables de pneumopathie, d’anémie hémolytique, de leucémie, d’aplasie médullaire, de toxicité hépatique, d’insuffisance rénale, ....

Sensibilisation, prévention, communication élargie aux différents publics visés sont de première importance dans le cadre d’un travail en réseau impliquant les différents acteurs du champ sanitaire, éducatif et du milieu festif pour parer à ces nouveaux comportements.

(publié le 5 septembre 2012)