Risque alcool - Monographie

P. Batel, C. Richoux, M. Lejoyeux, A. Luquiens, M. Reynaud, A. Benyamina, L. Karilla, S. Balester Mouret, F. Paille La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2011, vol.61, n°10, pp.1363-1391. Bibliographie
Concernant l’alcool, la consommation régulière des Français a diminué, notamment depuis ces dernières années, mais on constate un déplacement vers une alcoolisation intermittente de fin de semaine à toutes les classes d’âge. On note l’émergence de phénomènes d’alcoolisation de masse comme les apéritifs géants ou les alcoolisations de rue qui montrent que l’alcool est très "tendance" chez les jeunes. Tout cela expose aux risques de l’ivresse mais aussi à une certaine forme d’alcoolodépendance.
Il est donc impératif de communiquer sur les risques de l’alcoolisation ponctuelle et les stratégies de repérage doivent changer. Longtemps ciblées sur les médecins généralistes et les médecins du travail autour des pratiques de "repérage précoce-intervention brève" (RPIB), elles doivent aussi s’appliquer dans les services d’accueil et d’urgence et chez les intervenants de rue (policiers ou associations de prévention).
Ce dépistage des conduites alcooliques en urgence doit être systématique, fondé sur des questionnaires validés comme le DETA ou CAGE et être suivi d’une proposition systématique de traitement si une conduite alcoolique est identifiée. Mais le principal objectif est la réduction des risques plutôt que la "prohibition" de l’ivresse. Le protocole de soins se fait "à la carte" ; il est adapté aux souhaits et au niveau du patient alcoolodépendant et le projet thérapeutique se fait sur la durée.
Ce qui est nouveau est que le spécialiste centre la démarche thérapeutique sur le patient. Si l’intervention brève est particulièrement adaptée à la prise en charge en médecine générale des patients ayant des troubles peu sévères, elle peut déboucher en cas d’échec vers un traitement intensif dans un centre médical spécialisé. Le traitement est alors conçu en deux phases : le traitement du syndrome de sevrage puis la prévention de la rechute ou l’aide au maintien de l’abstinence. et trois médicaments sont commercialisés en France : l’acamprosate, la naltrexone, et le disulfirame. Ce traitement est associé à une supplémentation vitaminique. Des durées d’hospitalisation courtes peuvent être bénéfiques et le maintien d’un traitement médicamenteux du sevrage (benzodiazépines) au-delà de 5 à 10 jours n’est pas nécessaire.
La démarche peut se faire en ambulatoire et on peut accepter au moins dans un premier temps, une cible moins exigeante que l’abstinence totale.
Des médicaments plus performants que ceux actuellement disponibles sont recherchés pour améliorer le traitement de la dépendance à l’alcool et plus généralement des conduites addictives. Il s’agit du baclofène (hors AMM), du nalméfène (pour lequel une demande d’AMM européenne devrait être déposée début 2012) ou de l’oxybate de sodium, nom pharmaceutique du gammahydroxybutyrate de sodium (GBH) également connu comme une drogue de rue bon marché et qui va disposer d’une forme galénique solide permettant d’éviter son usage malveillant et qui va faire l’objet d’une étude internationale en 2012.
(publié le 12 avril 2012)