Tabac, alcool et cannabis pendant la grossesse : qui sont les femmes à risque ?

A. Dumas, C. Lejeune, L. Simmat-Durand Santé Publique, 2014, vol. 26, n°5, pp.603-612. Références
Une étude multicentrique portant sur l’évaluation de l’usage de substances psychoactives pendant la grossesse a été menée au travers d’un questionnaire auto-administré et les indicateurs de morbidité néonatale ont été recueillis au travers des registres de naissance.
L’étude s’est déroulée en 2008 dans 14 maternités. 3 139 femmes ont été sollicitées et 2 617 questionnaires intégralement remplis ont été recueillis.
La consommation de tabac durant la grossesse est rapportée plus souvent chez les femmes ayant un niveau d’études inférieur au baccalauréat, sans conjoint ou les plus jeunes. L’arrêt ou la réduction du tabac était plus fréquente chez les cadres ou chez les femmes mariées ou en couple. L’amplitude du tabagisme gravidique était également liée à l’ancienneté du tabagisme.
L’alcoolisation était au contraire plus fréquente chez les cadres y compris l’alcoolisation excessive ponctuelle. L’alcoolisation excessive tend plutôt à se produire en début de grossesse et plutôt chez les primipares et a tendance à cesser lors de la découverte de la grossesse. Les femmes ayant une alcoolisation régulière mais faible étaient plutôt multipares.
Si l’usage du cannabis est plus important chez les chômeuses et les femmes âgées de 25 ans ou moins, l’usage de médicaments psychotropes est prépondérant chez les femmes plus âgées ou multipares.
Après ajustement sur les facteurs de confusion, seuls les enfants des fumeuses avaient un poids de naissance réduit. Les résultats éclairent le rôle protecteur de faibles consommations d’alcool pendant la grossesse ; ce rôle protecteur pourrait s’expliquer par le fait que les buveuses modérées ayant un statut socio-économique plus élevé, bénéficient de conditions plus favorables en termes de suivi médical, d’alimentation, de pénibilité de l’activité professionnelle pour le déroulement de leur grossesse.
Cette étude appelle à compléter les dispositifs de prévention existants, par la mise en place d’interventions précoces, davantage ciblées.
(publié le 16 février 2015)