Trouble de l’alcoolisation chez l’adulte (1ère partie)

P. Batel, G. Demortière, D. Lécallier, A. Plat, A-C. Blais Lepelleux, C. Gillet, S. Guillermet, interview de D. Jourdain-Menninger Le Concours Médical, 2013, n°1, pp.23-39. Bibliographie.
Les auteurs proposent les étapes du parcours de soins vis-à-vis d’un trouble de l’alcoolisation.
Le première étape est celui du repérage précoce (RP) des consommateurs à usage nocif et des dépendants.
L’enjeu de santé publique est important. En 2006-2007, l’étude "Efficacité de l’intervention brève en santé au travail (EIST)" portant sur près de 35 000 salariés estimait à 8% le nombre de salariés en mésusage d’alcool dont 0,9% avec dépendance.
Le problème alcool ne concerne pas exclusivement les "malades alcooliques". Si le médecin généraliste est à l’origine de l’entrée dans le parcours de soins dans la grande majorité des cas, son niveau d’implication dans le domaine de la prévention demeure faible sur le terrain.
Si les médecins du travail se positionnent comme des préventeurs plus naturels que les médecins généralistes, le dossier médical en santé au travail reste encore insuffisamment renseigné dans ce domaine (46% de documentation systématique de la consommation d’alcool contre 87% pour le tabac).
Le repérage précoce, qu’il soit opportuniste ou systématique, fait préciser la consommation déclarée d’alcool mais mieux, propose les questionnaires validés type AUDIT ou FACE. Lui fait suite l’ intervention brève (IB) : un échange oral court visant à induire un changement de comportement centré sur une réduction globale ou ciblée de la consommation d’alcool à adapter en fonction du type d’usager.
Il convient pour aborder ce sujet encore tabou, d’offrir au salarié un espace de parole autour du risque alcool et de permettre un échange apaisé avec un professionnel non jugeant, (la formation du médecin au RPIB étant un pré-requis indispensable qui doit concerner également d’autres intervenants de santé notamment les infirmiers en santé au travail, les urgentistes, les infirmiers scolaires, les sages-femmes, les infirmiers libéraux, les pharmaciens d’officine).
La seconde étape a pour objectif d’aider au changement de comportement et à accroître les motivations. Le style du thérapeute serait un puissant déterminant du changement et les preuves de l’efficacité de l’entretien motivationnel se sont accumulées ces dix dernières années. Les attitudes défensives éventuellement adoptées par le patient sont probablement prédictives de l’absence de changement. Au soignant de faire diminuer ces attitudes défensives grâce à ses propres stratégies relationnelles tout en respectant l’autonomie du patient.
Il faudrait aussi un autre regard de la société sur les troubles de l’alcoolisation, le poids de la stigmatisation faisant obstacle à l’accès aux soins.
Une nouvelle stratégie le feedback normatif consiste à évaluer sa propre consommation par rapport à celle de ses pairs. Il apparaît que de nombreux consommateurs surévaluent la consommation de leurs pairs tout en sous-estimant la leur.
Une fois repéré, le trouble d’alcoolisation doit être exploré avec le patient dans toutes ses dimensions : l’histoire de sa construction, toutes les conséquences probables, tous les dommages patents, mais aussi le parcours des différentes prises en charge antérieures. "L’inventaire est bien le prélude indispensable à l’étape négociation" du projet thérapeutique (qui sera présenté dans une seconde partie).
(publié le 18 mars 2013)