Vers une dépénalisation "contrôlée" du cannabis ?

A. Dorra Le Généraliste, 2016, n°2747, pp. 13-15

La France est le pays européen le plus consommateur de cannabis (17 millions de Français en ont pris un jour et 700 000 en consomment quotidiennement). La consommation actuelle concerne surtout les plus jeunes (28% chez les 18-25 ans).
La nocivité du cannabis ne fait pourtant aucun doute : troubles de l’attention, troubles de la mémoire et en particulier de la mémoire de travail, ralentissement du temps de réaction, troubles de la planification et de la prise de décision et dépendance neurobiopsychologique.
"Les troubles cognitifs associés à un usage chronique sont liés à la dose, à la fréquence de la consommation, à la durée d’exposition et à la précocité de la première consommation, surtout avant l’âge de 15 ans."
Une consommation avant l’âge de 18 ans induit une diminution du quotient intellectuel (QI) de 8 points et la consommation régulière précipite la survenue de schizophrénie et de dépression chez l’adolescent.
Les fumeurs réguliers présentent un syndrome amotivationnel (anhédonie, désintérêt, détachement émotionnel, perte de l’initiative, apragmatisme, passivité, apathie, appauvrissement intellectuel) avec risque de déscolarisation et de démotivation.
En France la consommation du cannabis sous forme de joint mélangeant résine et tabac induit une exposition au THC mais aussi à la nicotine. Et la précocité de consommation du cannabis augmente le risque de dépendance tabagique.

Certains experts pensent que le cannabis ne doit être ni légalisé, ni dépénalisé chez les mineurs.
D’autres pensent qu’il faut s’inspirer de ce qui se fait ailleurs : il est noté que dans les pays où se mêlent tolérance et décriminalisation, il y a moins de consommation et de problèmes de sécurité.
La France va-t-elle suivre dans les années à venir suivre une évolution à l’américaine où la dépénalisation gagne de plus en plus de terrain ? Question complexe qui doit prendre en compte non seulement la politique pénale, mais aussi l’efficacité des politiques de prévention et le regard que porte la société dans son ensemble sur l’alcool, le tabac, la drogue.

(publié le 23 février 2016)