Addictions
Dossier thématique

B. Christoforov, D. Touzeau La Presse Médicale, 2016, vol.45, n°12, pp.1093-1186. Bibliographie

Un imposant dossier est proposé par la Presse Médicale, sur le thème des addictions qui impactent notre société en raison d’importants coûts sociaux, d’une stigmatisation et d’une marginalisation des sujets touchés.
Le terme de dépendance est abandonné et l’addiction se définit comme un usage intensif prolongé dans les temps regroupant tous les critères physiologiques, psychologiques, sociaux qui apparaissent avec l’exposition prolongée ; cette définition permettant de rendre compte des dommages induits. Le craving (envie impérieuse et involontaire de consommer) est un des symptomes de l’addiction. Il est désigné aujourd’hui comme un facteur majeur du maintien de l’usage et de la rechute chez les sujets présentant une addiction et souhaitant devenir abstinents.
Le diagnostic d’addiction est clinique mais les modèles neurobiologiques apportent une aide capitale à la compréhension de ce trouble et à l’étayage scientifique des résultats.
Peu importe que la substance psychoactive (SPA) soit licite (simple produit de consommation) ou illicite, ou qu’elle soit prescrite (prise en charge des douleurs chroniques) ou non, il convient de prévenir les polyusages qui sont de plus en plus fréquents. Cette polyconsommation peut être qualifiée d’ampleur limitée (associant alcool, tabac et cannabis), d’ampleur modérée (associant amphétamines et dérivés), ou d’ampleur étendue (incluant toutes les autres drogues illicites, ainsi que le mésusage des psychotropes et traitements opioïdes hors prescription). Les données existantes montrent la nécessité d’une intervention précoce, ciblant particulièrement les femmes.
Comment s’inscrire dans la mouvance thérapeutique qui propose aujourd’hui que l’on intègre plusieurs modèles ?
Une idée nouvelle est que les soins en addictologie peuvent intervenir de plus en plus tôt avec des patients moins inscrits dans la démarche thérapeutique.
Mais cela suppose une communication empathique, qui s’adapte au langage du sujet "addict", ce qui lui permettra de modifier son comportement au nom de ses valeurs qui sont les seuls leviers de changement qu’il acceptera.
Les troubles cognitifs liés à l’alcool sont en lien avec des altérations cérébrales hétérogènes qui conduisent à des troubles exécutifs et de la mémoire à l’origine de difficultés concernant le changement de comportement de consommation, contrastant avec une surestimation des capacités à y parvenir (qui serait liée à la présence de troubles de la métacognition). La prise en compte de ces troubles cognitifs doit conduire à l’adaptation du parcours des patients (éventuellement prise en charge longue en milieu protégé de toute consommation d’alcool).
Les problèmes de sommeil chez les sujets avec addictions augmentent de façon significative le risque de rechute.
On a beaucoup misé sur le baclofène. Il constitue certes une opportunité pour les patients souffrant d’addiction à l’alcool et un nouveau champ d’utilisation se profile concernant la prise alimentaire compulsive. Mais "l’addiction à l’alimentation est un concept clinique multidimensionnel qui requiert une prise en charge intégrative impliquant des axes psychothérapeutiques, pharmacologiques et sociaux".

Quant au tabagisme, les données du Baromètre santé INPES 2014 indiquent une prévalence de tabagisme stable à 34% (38% chez les hommes et 30% chez les femmes). Les fumeurs quotidiens fument en moyenne 13,5 cigarettes/jour.
La comorbidité tabagisme et troubles psychiatriques est fréquente : les pathologies psychiatriques peuvent favoriser le tabagisme, le tabagisme peut favoriser certaines pathologies psychiatriques et le tabagisme et les troubles dépressifs ou anxieux peuvent se renforcer mutuellement.
Le programme national de réduction du tabagisme inclus dans le Plan Cancer 2014-2019 repose sur une prise de conscience (un peu tardive) des autorités de santé et de l’état des problèmes de sanité liés au tabagisme.
Par ailleurs, on ne sait toujours pas si la cigarette électronique aide à arrêter de fumer ou non. Le jour où elle sera définie comme produit de santé, des études méthodologiquement acceptables seront obligatoirement menées pour en évaluer son véritable rapport bénéfice-risque.

Enfin l’addiction à Internet constitue l’une des principales raisons de retarder l’heure du coucher . Des troubles du sommeil sont fréquents, rapportés à la lumière d’écran d’ordinateur qui inhibe la sécrétion de mélatonine et agit comme un véritable désynchroniseur du rythme circadien.

(publié le 26 janvier 2017)