Cannabinoïdes de synthèse : une nouvelle matrice des addictions

A. Scocard, A. Benyamina, S. Coscas, L. Karila La Presse Médicale, 2017, vol.46, n°1, pp. 11-22. Bibliographie
Cette revue de la littérature a pour objectif de regrouper les données actuelles concernant l’utilisation et les effets provoqués par les cannabinoïdes de synthèse (CS) chez l’homme.
Synthétisés dans les années 1970 pour développer de nouveaux traitements dans la prise en charge des douleurs cancéreuses, ils ont fait leur apparition dans les années 2003-2004 sous le nom de "Spice" dans plusieurs pays européens. Ces CS sont vendus sous forme d’un mélange de plantes, ou de comprimés, de gélules ou de poudres. Ils peuvent être consommés grâce à des pipes ou sous forme de joints, voire sous forme liquide dans les cigarettes électroniques.
Ces CS sont en majorité vendus sur Internet et leur consommation est de plus en plus populaire auprès des consommateurs habituels de cannabis qui chercheraient à contourner les contrôles de police au vu de l’absence de possibilité de détection du produit. En 2016, 4% des jeunes âgés de 15 et 16 ans déclaraient avoir déjà consommé des nouveaux produits de synthèse (NPS) ainsi que 4% cette dernière année (5% pour les garçons et 4% pour les filles).
Les effets du "Spice" et de ses dérivés sont multiples et comparables à ceux du THC (tétrahydrocannabinol) contenu dans le cannabis. Ils persistent en moyenne 6 heures puis diminuent progressivement, parfois jusqu’au lendemain.
Des complications somatiques ont été rapportées plus nombreuses et potentiellement plus sévères que celles provoquées par le cannabis. Elles sont : cardiologiques (tachycardie, arythmie, modification tension artérielle), pulmonaires (pneumonies), digestives (nausées, vomissements), rénales (insuffisance rénale aiguë, rhabdomyolyse), dermatologiques (cernes, joues creuses, vieillissement précoce de la peau, perte et grisonnement des cheveux), neurologiques (agitation, troubles de la conscience et de la mémoire, confusion, hémorragies, accidents vasculaires cérébraux, épilepsie...), psychiatriques (symptômes dépressifs, trouble cognitifs) et addictives avec syndrome de sevrage sévère.
Des décès ont été rapportés.
Il est important que soient développées des méthodes de détection rapide.
Différentes actions de santé publique et de prévention doivent se mettre en place pour sensibiliser aux dangers de ces nouveaux produits.
(publié le 20 mars 2017)