Cannabis et travail

P. Hache Références en Santé au Travail, 2017, n°152, pp. 37-50. Bibliographie

Le cannabis est la 4e substance psychoactive la plus consommée en France. Il est classé dans la liste des stupéfiants.
Il est responsable d’une intoxication aiguë : ivresse cannabique ou parfois état d’angoisse, complications psychiatriques, troubles cognitifs, atteintes cardiovasculaires ou respiratoires.
L’intoxication chronique donne lieu à des complications psychiatriques et cognitives mais aussi somatiques.
Le Baromètre santé 2014 fait état de 9% de travailleurs ayant consommé du cannabis dans les 12 mois précédant l’enquête : mais certains secteurs sont plus exposés que d’autres (la construction, l’hébergement-restauration, l’information- communication, les arts, spectacles et services récréatifs).
Il n’existe pas à l’heure actuelle de données fiables quant à l’impact sur la santé et à la sécurité au travail des conduites addictives liées au cannabis. Mais le risque d’être responsable d’un accident routier mortel est multiplié par 1,8 lors de la conduite sous l’emprise du cannabis (au demeurant interdite).

Le Plan Santé au travail 2016-2020 a inscrit parmi ses objectifs, la prévention des pratiques addictives en milieu professionnel et les services de santé au travail sont un acteur important de la prévention d’alcool et de drogues sur le lieu de travail.
La Haute autorité de santé (HAS) recommande l’utilisation du questionnaire CAST (Cannabis abuse screening test) comportant 6 items portant sur certains comportements lors de l’usage du cannabis et sur les problèmes induits par cette substance psychoactive. Deux réponses positives au questionnaire doivent orienter vers une intervention brève et trois réponses positives vers une consultation d’addictologie.
Les conduites addictives en milieu de travail ont une origine mixte, relevant de la sphère privée et de la sphère professionnelle et selon certaines données 13,2% des consommateurs augmentent leur usage en lien avec leur travail (selon Baromètre santé 2010). Parmi les facteurs de risque au travail : l’occupation d’un poste de sécurité, le stress, des horaires de travail atypiques, une exposition à la chaleur, au froid ou au danger, de mauvaises relations au travail, un travail ennuyeux ou monotone, un statut de travailleur précaire.
Les services de santé au travail doivent s’investir dans des actions préventives.
Ces actions imposent la mise en place d’un comité de pilotage représentatif de l’ensemble du personnel, piloté par la direction et incluant personnel des ressources humaines, représentants du personnel, membres du CHSCT, tous préalablement formés à cette problématique des substances addictives.

La prévention passe par des mesures collectives :

  • l’information des salariés (risques pour la santé, réglementation en vigueur, procédure à suivre face à un salarié incapable d’assurer son travail en toute sécurité, rôle de l’encadrement, des représentants du personnel, des services sociaux, des aides extérieures),
  • la prévention des facteurs professionnels favorisant l’addiction,
  • la mise en place d’indicateurs d’alerte et de suivi,
  • sous certaines conditions, le dépistage par test salivaire,
  • la rédaction d’une procédure à appliquer en cas d’urgence en l’absence de médecin.

Elle suppose également des actions à visée individuelle :

  • interrogation du salarié sur ses pratiques addictives,
  • évaluation du niveau de consommation,
  • conseils au salarié,
  • évaluation du lien possible entre travail et consommation,
  • aménagement du poste,
  • dépistage biologique pour certaines professions (mais attention aux conditions de validation des résultats),
  • le travail en réseau pour la prise en charge des sujets addictifs.

La prévention des pratiques addictives mérite la même attention que tout autre risque professionnel.

(publié le 9 février 2018)