Complications somatiques du cannabis

N. Franchitto La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol.70, n°1, pp. 69-77. Références

La France a la consommation de cannabis la plus élevée en Europe.
Le cannabis végétal se présente sous forme d’herbe (marijuana), de résine (shit, haschisch, hash) ou d’huile.
Le cannabis synthétique est fabriqué artificiellement. Il peut se présenter sous forme d’herbe commune, vaporisée de fortes concentrations de tétrahydrocannabinol (THC) mais aussi sous forme d’e-liquides compatibles avec les cigarettes électroniques et nommés PTC dans la presse ("Pête ton crâne").
Le cannabis contient du THC (la substance active du cannabis, responsable des complications somatiques et psychiatriques) et du cannabidiol (CBD) qui aurait des propriétés anxiolytiques et antipsychotiques et constituerait un "verrou" du THC.
Plus le rapport THC/CBD est élevé et plus il est responsable d’effets psychotropes.
Le taux de THC dans la résine de cannabis a doublé en 10 ans et est donc potentiellement plus à risque.
Les effets toxiques aigus dépendent aussi du mode de consommation et les effets les plus rapides sont obtenus avec le "joint", fumé comme une cigarette.
En raison des concentrations très variables dans les produits circulants et difficiles à connaître lors de l’achat de ces substances, une consommation unique peut exposer l’usager à des complications sévères et imprévisibles.

Les effets sont :

  • ivresse cannabique : hyperhémie conjonctivale, sécheresse buccale, bronchodilatation, sensation de bien-être, dysphorie, logorrhée, puis somnolence et parfois décès chez les consommateurs de cannabis de synthèse
  • dépendance et addiction
  • complications cardiovasculaires :
    • fibrillation atriale et troubles du rythme cardiaque
    • ischémie myocardique (même chez des sujets jeunes) et troubles du rythme ventriculaire
    • syndrome de Raynaud, ischémie d’un territoire artériel
    • accident vasculaire cérébral
  • complications neurologiques : plus la consommation de cannabis est précoce et plus les dommages cérébraux sont importants
    • complications aiguës : anxiété, altération des fonctions cognitives avec allongement du délai de réaction et du traitement de l’information, troubles de la mémoire et de l’attention
    • complications en relation avec une consommation chronique : troubles de le l’attention, de la mémoire et de l’apprentissage, syndrome amotivationnel persistant plusieurs semaines après l’arrêt de la consommation et réduction des volumes de l’hippocampe et des amygdales à l’imagerie médicale
    • convulsions
  • complications digestives : syndrome d’hyperémèse au cannabis, source d’errance diagnostique associant trois phases successives : une phase de prodromes, caractérisée par des nausées matinales, des douleurs abdominales mal systématisées, une phase de vomissements incoercibles et de nausées intenses accompagnés de douleurs abdominales de type pancréatique en coup de poignard (motif de recours aux urgences), enfin une phase de récupération mais les récidives sont possibles
  • complications respiratoires : toux, bronchite chronique, BPCO, laryngite chronique, raucité de la voix, emphysème, pneumothorax et potentialisation des effets du tabac combinés à ceux du cannabis, hémorragie alvéolaire diffuse, pneumopathies graves EVALI (electronic-cigarette vaping associated lung injury) liées à des produits de vapotage contenant de l’acétate de vitamine E, ajouté pour offrir une meilleure apparence au produit et abaisser le coût de production
  • complications rénales : insuffisance rénale aiguë (avec les cannabinoïdes de synthèse
  • effets métaboliques par augmentation des apports hypercaloriques à prédominance sucrée et riches en graisse : insulinorésistances, prises de poids, augmentation du périmètre abdominal
  • complications hormonales et sexuelles
  • complications de la périnatalité : retard de croissance intra-utérin, petit poids de naissance, enfants morts-nés, accouchements dystociques.

Les cannabinoïdes de synthèse en raison d’une toxicité aiguë et chronique plus sévère sont responsables de complications plus graves même lors d’usage unique.
Devant un tableau atypique ou surprenant en raison de l’âge, il faut bien interroger les patients. Une attention particulière doit être portée chez les plus jeunes usagers qui consultent pour une syncope, des troubles du rythme, des douleurs thoraciques. Le médecin n’hésitera pas à contacter les réseaux de toxicovigilance des centres antipoison ou les réseaux d’addictovigilance sur les nouveaux modes de consommation.

(publié le 30 mars 2020)