Dossier Alcoolodépendance - 1ère partie

Coordonnateurs : A. Derveaux, B. Christoforov la Presse médicale, 2018, vol.47, n°6, pp. 531-585. Bibliographie
Cet important dossier (55 pages) donne les clés pour mieuxcomprendre l’alcool- dépendance aujourd’hui considérée comme une malade chronique, émaillée de fréquentes rechutes avec une héritabilité forte, qui doit être prise en charge au long cours.
L’alcoolisation excessive doit être dépistée le plus précocement possible et les troubles cognitifs recherchés pour la traiter rapidement, car plus la prise en charge est précoce, et plus les dommages sont limités.
Plus la consommation d’alcool est précoce, et plus le risque de dépendance et de dommage sont élevés. Mais même de faibles doses sont dangereuses et les seuils de consommation à risque de 100g d’alcool (soit 10 verres "standard") par semaine ont été recommandés récemment.
La consommation excessive d’alcool constitue la 2e cause de mortalité évitable en France après le tabac.
Grâce aux premières études gènes candidats puis plus récemment aux études pan-génomiques, Il est maintenant clairement démontré qu’il existe des gènes spécifiquement impliqués dans l’alcoolisme. Cependant, l’effet prédictif de l’implication de ces gènes est pour l’instant très modeste. Les défis futurs sont une évaluation génétique individuelle de l’alcoolo-dépendance et une prescription individualisée de la thérapeutique la mieux adaptée au patient. La pharmacogénétique pourra apporter des réponses pour adapter les doses ou modifier les traitements en fonction d’effets indésirables ou d’absence d’effets positifs.
L’alcool est un psychotrope mais aussi une drogue .
"Le binge drinking induit des atteintes cérébrales et des déficits cognitifs. L’addiction à l’alcool s’accompagne d’une élévation du seuil d’activation des neurones dopaminergiques associé à un état émotionnel négatif. Elle s’accompagne aussi d’un déficit de contrôle inhibiteur et d’une augmentation de la motivation à consommer.... L’alcool perturbe les phénomènes de plasticité synaptique au sien du réseau cérébral de la récompense".
Des perspectives de traitement apparaissent : la stimulation cérébrale, ou la stimulation du cortex prélimbique mais les premiers résultats ne sont pas au rendez-vous.
Le modèle neurocognitif de l’addiction rend compte de l’hétérogénéité cognitive, cérébrale et psychopathologique des patients. Le trouble de l’usage d’alcool résulterait du déséquilibre entre trois systèmes : le système impulsif qui favorise les consommations, un système réflexif qui tente de les limiter et un système régulateur intéroceptif qui peut aggraver le déséquilibre dans des contextes de privation. Trois cibles thérapeutiques voient donc le jour.
Enfin il faut reconnaître que les troubles psychiatriques sont fréquents chez les patients alcoolodépendants. Les relations de causalité sont de plusieurs types mais quel que soit le sens de causalité, alcoolo-dépendance et troubles psychiatriques s’aggravent mutuellement avec le temps. Et il faut bien avoir à l’esprit qu’un trouble ne peut être traité sans soigner l’autre, sans négliger les prises en charge psychothérapeutiques.
(publié le 10 août 2018)