Etude qualitative auprès des utilisateurs de cigarette électronique : pratiques, usages, représentations

A. Fontaine, F. Artig Santé Publique, 2017, vol.29, n°6, pp. 793-801. Références

Les résultats présentés sont issus d’une étude qualitative réalisée en France de septembre 2014 à janvier 2016 et se fondant sur un travail de terrain classique en ethnologie : observations lors d’événements regroupant des usages de cigarettes électroniques et 25 entretiens semi-directifs (dont 2 ne sont pas comptabilisés), réalisés avec des profils différents.
Toutes les personnes interrogées ont expérimenté le tabac à l’adolescence ou autour de 20 ans, et ont rapidement fumé entre 10 et 20 cigarettes /jour. Plusieurs ont fait des tentatives d’arrêt sans succès et plusieurs n’ont jamais manifesté le désir d’arrêter de fumer avant d’essayer la cigarette électronique.
Les motivations des personnes à utiliser la cigarette électronique sont avant tout des préoccupations de santé : continuer à fumer mais "plus sainement" et différentes postures sont présentes : la cigarette est considérée comme un produit de substitution, ou elle est envisagée comme un outil de sevrage tabagique, ou bien utilisée comme un moyen de réduire la consommation de tabac, ou alors l’utilisateur guidé par la curiosité constate qu’il s’est arrêté de fumer à son insu.

11 personnes sur 23 ont abandonné le tabac (depuis un à deux ans, voire quatre à cinq ans). 6 personnes ont continué à fumer du tabac tout en ayant recours à la cigarette électronique ; 6 ont abandonné la cigarette électronique et pour 2, la cigarette électronique s’est avérée un échec (leur consommation de tabac a augmenté après l’arrêt de la cigarette électronique).

Quel que soit le rapport au tabac, quasiment tous décrivent un sevrage tabagique ou une diminution conséquente de la consommation de tabac sans véritable effort ; et les usagers de la cigarette électronique décrivent la sensation d’une dépendance moins forte (plus acceptable), un véritable dégoût pour le tabac, une estime de soi par la prise de distance avec le tabac et la disparition du sentiment de culpabilité lié à sa consommation. Aucun entretien ne laisse penser que la cigarette électronique pourrait être une porte d’entée vers le tabagisme.
Il semble que les échecs du sevrage soient liés à un manque de connaissances sur le sujet, et que déroutés par les informations contradictoires sur la cigarette électronique, les utilisateurs se sentent livrés à eux-mêmes ; or, les connaissances scientifiques ne sont pas stabilisées dans ce domaine et la controverse existante est encore difficile à appréhender.

(publié le 23 février 2018)