Le sport : facteur de protection ou d’exposition au risque alcool ?

A. Rault, G. Décamps La Revue du Praticien, 2018, vol.68, n°2, pp. 143-149. Références
La consommation d’alcool chez les sportifs est un problème de santé publique qu’il ne faut pas minimiser car il est loin d’être marginal.
Plusieurs observations concordent sur le fait que les étudiants sportifs rapportent plus de consommations d’alcool, d’ivresses et de conséquences négatives dues à cette consommation que les non-sportifs. L’existence d’un lien en U entre la durée hebdomadaire de pratique sportive et la consommation de différentes substances dont l’alcool a été rapportée par différents auteurs.
Plus le niveau de pratique augmente (à partir de 8 heures de pratique par semaine) et plus le taux d’ivresses (y compris les ivresses fréquentes) augmente.
Les sportifs les plus à risque sont ceux qui pratiquent des sports collectifs.
L’alcool dans le contexte sportif est recherché comme facteur d’intégration sociale, comme stratégie de coping, comme stratégie de performance.
Des effets délétères de la consommation d’alcool sont néanmoins à considérer : des altérations physiologiques (altération des compétences psychomotrices, perturbation des mécanismes de régulation de la température corporelle), des altérations de la performance physique (augmentation de la pénibilité, limitation de la rentabilité du geste, altération du processus de récupération) et altérations psychosociales (violence, conduites sexuelles à risque).
Les périodes les plus à risque sont les périodes hors saison sportive et à l’arrêt de la carrière sportive (isolement affectif).
La prévention repose sur une activité physique régulière limitée à 2h de sport par semaine, la modification de l’image positive qu’ont les sportifs de l’alcool et la réduction du nombre de marques d’alcool tenant le rôle de sponsors.
La prise en charge suppose une collaboration entre l’équipe médicopsychologique et les addictologues, un suivi thérapeutique, des groupes d’entraide, des entretiens motivationnels, un renforcement des capacités psychosociales de l’individu par un investissement autre qu’uniquement sportif.
Mais le lien entre les problèmes d’alcool et l’activité sportive régulière semble s’inverser à partir de 35 ans.
(publié le 20 avril 2018)