Le tabou des addictions au travail

V. Auribault Liaisons Sociales Magazine, 2018, n°197, pp.34-36

Les substances psychoactives les plus consommées au travail sont principalement l’alcool, le cannabis et la cocaïne. Mais il y a aussi la pratique addictive des somnifères, antidépresseurs, anxiolytiques et autres psychotropes plus difficile à déceler. Tout cela entraîne des effets directs : baisse des performances, relations dégradées avec les collègues, absentéisme, accidents du travail (20% sont imputables à la consommation d’une substance psychoactive).
Ajoutons les addictions comportementales (jeux d’argent et jeux de réalité virtuelle) qui sont en nette augmentation.

Bien que le troisième plan de santé au travail (2016-2020) ait mis l’accent sur la nécessité d’actions concernant la prévention des pratiques addictives en milieu professionnel, le sujet reste sensible et rarement pris en compte.
80% des entreprises se sentent démunies et pourtant 10% des salariés seraient concernés par un problème lié à l’alcool. Le sujet reste tabou et le manager ou le responsable RH ne sait pas comment aborder le sujet.
Il est temps d’impliquer et de sensibiliser toutes les parties prenantes (ressources humaines, managers, délégués du personnel, CSE, salariés) au repérage précoce de ces addictions, à l’évaluation, à la prévention et au traitement de ces risques.
Avant de sanctionner, il faut rechercher la cause de l’addiction (situation familiale tendue, divorce, mais aussi stress lié au travail). Alcool, cannabis peuvent être pris pour décompresser et faire baisser la pression mais avec un déni de la dangerosité.

La prévention passe par :

  • la sensibilisation des salariés et des apprentis dans les CFA,
  • le repérage précoce des personnes fragilisées,
  • le dépistage (tests salivaires aléatoires mais très encadrés pour des postes de sécurité, éthylotests connectés via une application sur le téléphone portable),
  • l’écoute et l’accompagnement,
  • et l’orientation vers le milieu de soins via la médecine du travail dans le respect du secret médical.
(publié le 8 février 2019)