Les conduites addictives

C. Ravallec, D. Larroque Travail et Sécurité, 2018, n°795, pp. 15-29
Ce dossier traite de la consommation de substances psychoactives qui constitue une question de santé publique et qui se retrouve dans le monde du travail, à la fois parce que les consommations à l’extérieur peuvent retentir sur le travail mais aussi parce que l’organisation du travail peut favoriser des consommations.
Sans être responsable de tout, l’entreprise a un rôle à jouer. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées mais avec des disparités selon les secteurs d’activité et le sexe. La prévention des conduites addictives en milieu professionnel doit être une politique assumée par l’entreprise et chacun doit être sensibilisé à cette question ; les médecins du travail ont une mission légale de conseil auprès des employeurs et sont des acteurs centraux de la prévention en incitant les entreprises à mener des actions collectives de prévention. Le sujet ne doit pas être abordé de façon individuelle et ce risque doit être inscrit dans le document unique.
Ensuite, on trouvera des expériences menées dans diverses instances. Ici c’est l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) qui a créé la mission Fides (confiance en latin) dans un objectif de prévention et de prise en charge des addictions et a monté un programme de formation destiné aux médecins du travail, aux DRH, aux assistants sociaux, aux représentants du personnel et aux préventeurs pour changer leur regard sur l’addiction.
Là, c’est une étude sociologique menée auprès d’employés de bars-restaurants et du bâtiment. Les consommations constituent une forme de socialisation. Elles témoignent des tendances socioculturelles et générationnelles de la société en général ; il semble que les usages dopants soient plus spécifiquement associés à des formes de pénibilité en lien avec certaines tâches : travail répétitif, cadences rapides, bruit, travail en hauteur, travail de nuit. Dans certains milieux, le recrutement semble se faite par cooptation dans un réseau de connaissances qui ne dénoncera pas et qui adhérera peut-être aux consommations de drogues.
Ailleurs en région, on trouve des accompagnements de proximité sous forme de groupes constitués de représentants d’employeurs et de salariés, d’acteurs de la santé au travail qui aident les entreprises en demande.
Au regard des divers expériences rapportées dans ce dossier, il est indéniable que la réussite passe par la prise en compte de deux dimensions fondamentales : l’approche individuelle indispensable pour le repérage, et la capacité à proposer un accompagnement adapté mais aussi par une approche collective impliquant les différents acteurs, à travers l’écoute de leurs points de vue et des enjeux pour chacun".
Le lieu de travail peut représenter un lieu de prévention et de promotion de la santé.
(publié le 29 juin 2018)