Maladie alcoolique chez la femme, quelles spécificités ?

F. Bouvet de la Maisonneuve, X. Laqueille La Revue du Praticien, 2019, vol.69, n°2, pp.179-182. Références

Le sujet de la maladie alcoolique chez la femme est encore un sujet tabou et trop de médecins hésitent à évoquer ce problème avec leurs patientes.

Pourtant, les femmes nées autours des années 2000 sont presque autant consommatrices d’alcool que les hommes et les ivresses régulières chez ces jeunes femmes ont doublé entre 2010 et 2014.

La maladie alcoolique chez la femme est grave car elle évolue en silence et les complications sont plus lourdes que chez les hommes : maladies psychiatriques (dépression, troubles anxieux), atteintes hépatiques, maladies cardiovasculaires, cancers.
1% des naissances (7000 nouveaux cas chaque année) sont concernées par le syndrome d’alcoolisation fœtale.
Les femmes ont habituellement un recours aux soins tardif et consultent plus facilement les spécialistes du fait des complications de la maladie alcoolique que les addictologues. Elles se présentent souvent de leur propre initiative.
Le début de la maladie alcoolique peut être précoce dans un contexte étudiant ou professionnel festif (binge drinking) et se prolonger dans des moments de conflits affectifs ou de mal-être au travail. Une mère alcoolique multiplie par 2 à 4 le risque de maladie alcoolique dans la descendance. La dépression, un état d’anxiété, ou des traumatismes précoces, un état bipolaire, le mariage (incluant le non partage des tâches ménagères), l’insatisfaction professionnelle favoriseraient la maladie alcoolique.
La maladie alcoolique est associée à des comorbidités addictives (dépendance tabagique, médicamenteuse, troubles du comportement alimentaire), à des troubles dépressifs et anxieux, voire à des tentatives de suicide.

La personnalité prédominante chez ces patientes est la "personnalité dépendante" au sein du DSM-IV (faible estime de soi, difficulté à réagir aux conflits) malgré une capacité à assumer de nombreuses responsabilités avec un important souci de performance, en lien avec leur statut socioprofessionnel souvent élevé.

La première consultation mérite une écoute, une attention, une disponibilité et une empathie toute particulière pour mettre la malade en confiance. La prise en charge sera multidisciplinaire : médicale, psychologique et sociale . Elle peut aussi s’appuyer sur des groupes de parole destinées uniquement aux femmes. L’hospitalisation est parfois nécessaire.

La prévention de la maladie alcoolique repose sur l’éducation, la communication, la formation et une aide à la prise de conscience. La législation relative à la promotion de l’alcool serait à améliorer.

(publié le 27 mars 2019)